Achetez votre vie et vous serez plus riches

Un internaute me propose de rappeler deux pages de mon livre « Voter utile est inutile » paru en 2006 qui faisaient un lien entre la croissance et les heures. Les pages 27 et 28 peuvent éclairer sur l’inconsistance de la croissance, du PIB et du PNB puisqu’à l’époque on parlait encore de Produit National Brut à côté du Produit Intérieur Brut. Voici ces pages :

La croissance serait donc l’augmentation des richesses, l’augmentation du PNB, du PIB, de la Valeur Ajoutée, mais pour aborder ces notions et comprendre enfin leurs définitions, il faut sans doute prendre une autre mesure que l’argent dont la définition ne nous apparaît plus clairement, ou que la richesse qui n’est qu’un mode de regard.

Il faut une unité de mesure large, claire et simple : large pour couvrir l’ensemble de notre vie, claire car cette unité doit être une référence stable et identique pour chacun, simple car nous devons tous avoir un accès facile à cette unité.

L’heure correspond à ces exigences et permet probablement de mieux appréhender la croissance. De plus elle ne rentre pas dans les logiques habituelles et son utilisation force à réinventer les raisonnements.

Constatons d’abord l’évidence que nous respirons vingt quatre heures par jour. Nous consommons donc d’une façon totalement stable vingt quatre heures, chaque jour qui passe.

Mais comment ces vingt quatre heures nous parviennent-elles ? Une partie d’entre elles est produite par nous-mêmes, elle est « auto générée », et une autre partie est achetée. Lorsque je dors ou me promène en forêt, lorsque je chante ou répare ma maison, lorsque j’écris ou fabrique un objet, je produis moi-même mes heures, je les autoproduis. Lorsque je regarde la télévision ou prends ma voiture, lorsque je suis au restaurant ou au cinéma, lorsque je fume ou lis un magazine, j’achète mes heures.

Dans les faits, aucune heure n’est pure. Chacune a une partie achetée et une partie autogénérée. Lorsque je roule sur autoroute, j’autoproduis ma conduite et j’achète individuellement ma voiture et collectivement l’autoroute. Quand je lis j’autogénère la lecture et achète le livre… Mais pour clarifier, nous pouvons séparer qualitativement heures achetées et heures autogénérées, mettre d’un côté la partie de notre journée que nous produisons nous-mêmes, et d’un autre, celle que nous achetons.

C’est sans doute parce que nous ne pouvons absolument pas séparer quantitativement les heures achetées et les heures autogénérées que les comptes de la nation, le PNB, le PIB, la Valeur Ajoutée, ne sont fondés que sur les heures achetées. Que le Suisse ait 40.000 $ de PNB par an, le Français 25.000 $, l’Américain 30.000 $ et le Tchadien 230 $ veut simplement dire que si le Suisse achète en moyenne 12 heures par jour, le Français en achète 7, l’Américain 9 et le Tchadien n’achète que 3 minutes et donc, autoproduit 23 heures 57 minutes.

Un consensus quasi général nous voit devant et le Tchadien derrière. Suivant les affinités politiques, le Tchadien sera sous-développé, en voie de développement ou à vocation d’émergence, mais nous sommes tous d’accord pour dire que c’est à lui de nous imiter. Ce consensus peut laisser perplexe. Mais une approche de la croissance se dessine:

La croissance est l’augmentation des heures achetées dans une journée.

Moins nous produisons nous-mêmes d’heures dans notre journée, plus nous devons en acheter. Plus nous achetons nos heures, plus nous faisons de croissance. Les livres de Sagesse, la Bible, l’Evangile ou le Coran, nous disent tous de ne pas acheter notre vie mais de la construire. Faire de la croissance, c’est faire exactement l’inverse, c’est acheter sa vie. C’est le conseil que nous donnent nos dirigeants. C’est l’espoir qui nous fait vivre !

Nous allons acheter nos heures par l’investissement et la consommation, ces deux mots clés de nos choix économiques. Nous nous sommes laissés convaincre que ce sont deux excellentes choses. Ce qui est sûr c’est que ce sont deux dépenses.

S’il était suffisant d’acheter davantage notre journée, si la croissance était la panacée, le remède universel, les solutions seraient simples :

Pour faire de la croissance il suffit d’embaucher un chauffeur au lieu de conduire soi-même sa voiture, de créer un immense embouteillage, d’augmenter la criminalité pour construire des prisons et créer des emplois de police et de justice ; s’empêcher de dormir sans somnifères, augmenter la consommation d’héroïne et de cocaïne pour que le PIB bondisse. L’actrice Anémone s’étonnait dans le Nouvel Observateur que dans la comptabilité publique, les accidentés de la route soient dans la colonne « création de richesses ». On peut aussi casser toutes les vitres de la rue pour relancer les vitriers et les machines à fabriquer du verre ou du mastic. On admirera la séparation de France Télécom et de La Poste qui a fabriqué une belle croissance en faisant payer ses communications téléphoniques à La Poste pendant que France Telecom se mettait enfin à timbrer son courrier. Une femme au foyer et la femme d’un artisan qui donne un coup de main à son mari peuvent échanger leurs fonctions sociales : l’épouse de l’artisan se fera rémunérer pour garder les enfants, faire la cuisine et le ménage chez la femme au foyer qui elle, deviendra la salariée de l’artisan. Tout cela fait de la croissance.

Le produit national ou intérieur brut mesure tout mouvement chiffrable. On considère qu’une valeur a été créée puisqu’une dépense a été faite. Cette dépense peut être une dépense de consommation ou d’investissement ce qui permettra de prôner la relance par la consommation ou par l’investissement. Toute dépense étant considérée comme un enrichissement, permet à l’Etat de s’enrichir concrètement par prélèvement sur cette nouvelle valeur théorique. Vous jouez au ballon avec vos enfants, vous ne faites pas de croissance. Vous êtes bloqués dans un embouteillage, vous faites de la croissance. Vous dormez du sommeil du juste, vous ne faites pas de croissance. Vous avalez des pilules fort coûteuses pour dormir, vous faites de la croissance. Dans l’exemple des coups de main entre voisins, tant que la femme du médecin aide gratuitement son voisin le plombier dans ses papiers, pendant que la femme du plombier donne un coup de main gratuit au médecin pour ouvrir aux clients, ils ne font pas de croissance. C’est uniquement lorsque l’Etat furieux parle de travail au noir et impose le salariat à tout le monde pour prendre sa dîme que l’on fait de la croissance et que nous sommes enfin plus riches. Nous serons d’ailleurs beaucoup plus riches puisque une double amende viendra encore faire plus de croissance. Fin 1999 une croissance fantastique nous a été offerte par une double tempête et par un délicieux pétrolier appelé Erika qui est venu s’échouer sur nos côtes. La classe politique a été un peu gênée par la « cagnotte » que ces catastrophes ont procurée à l’Etat, mais on est vite passé à autre chose.

Mieux encore : vous construisez une maison, vous faites de la croissance, vous la démolissez vous faites de la croissance, vous la reconstruisez, vous faites toujours de la croissance, vous la démolissez une deuxième fois, quatrième contribution à la croissance. Faites cela dix fois et sur dix maisons vous aurez fait cent fois de la croissance. L’Etat aura gagné définitivement beaucoup d’argent, des emplois auront été créés mais le résultat sera par définition nul et stupide. Quelqu’un aura perdu de l’argent non seulement pour faire ces travaux contradictoires mais pour y rajouter la dîme étatique sur le mouvement. La plupart du temps cet appauvrissement est caché car, si le peuple en était conscient, il en serait scandalisé. L’appauvrissement est discrètement financé par l’emprunt et on laissera aux suivants le soin de payer par leur sueur ou leur sang, ce que les fruits de la croissance ne paieront évidemment jamais.

Thomas Jefferson

Combien de Français connaissent-ils Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, dont la tête est sculptée  avec celles de George Washington, d’Abraham Lincoln et de Théodore Roosevelt au Mont Rushmore dans le Dakota du sud, lieu où Hitchcock tourna la séquence finale de North by Northwest (La Mort aux trousses) ? Son portrait figure sur les billets de 2 dollars et les pièces de 5 cents. Rédacteur principal de la déclaration d’indépendance on le surnommait « Le Sage de Monticello », nom de sa propriété en Virginie ou l’intraduisible « Man of the People ».

Il a écrit sur la liberté : « Le prix de la liberté c’est la vigilance éternelle » et, sans connaitre les limitations de vitesse, il disait déjà : « Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre ».

Il gardait un esprit rebelle qui remettait avec bon sens les choses à leurs places : « Une petite rébellion de temps en temps, c’est comme un orage qui purifie l’atmosphère » mais il faisait la part des choses : « Pour les questions de style, nage avec le courant mais sur les questions de principe, sois solide comme le roc » ou « Se révolter contre la tyrannie c’est obéir à Dieu ».

Il ne craignait pas de dire ce qu’il pensait des médias : « Un homme qui ne lit jamais est plus cultivé qu’un homme qui ne lit que les journaux ».

Il avait sur le système bancaire et sur l’emprunt un regard acéré. Il a écrit en 1816 :

« Je crois sincèrement que les institutions bancaires sont plus dangereuses que des armées entières prêtes au combat; et que le principe de dépenser de l’argent remboursable par la postérité, connu sous le nom de financement n’est rien d’autre qu’une escroquerie de l’avenir à grande échelle ».

Ce grand humaniste écrivait : « Il y a une aristocratie naturelle, fondée sur le talent et la vertu, qui semble destinée au gouvernement des sociétés, et de toutes les formes politiques, la meilleure est celle qui pourvoit le plus efficacement à la pureté du triage de ces aristocrates naturels et à leur introduction dans le gouvernement ». Trouverait-il dans notre « un homme, une voix » tellement à la mode, une bonne application de son excellent principe ?

Et cerise sur le gâteau, il a dit : « Chaque homme de culture à deux patries : la sienne et la France ».

Qu’avons-nous fait de sa seconde patrie ? Et ne devons-nous pas réagir en travaillant une autre de ses phrases : « Le peuple est le seul sur lequel nous puissions compter pour préserver notre liberté » ?

 

Madame Taubira et les foires moyenâgeuses

Le XIIIème siècle voit dans toute l’Europe l’apogée des foires médiévales. Dans les foires de Champagne on échange les draps des manufactures du Nord contre des produits méditerranéens. L’INSEE n’existait pas mais on pouvait déjà calculer le PIB de la foire par les trois modes de calcul que l’INSEE affirme mais n’explique jamais. On pouvait additionner la valeur de tout ce que les marchands apportaient et vendaient (le PIB par la valeur ajoutée). On pouvait additionner tout l’argent que les acheteurs venaient dépenser (le PIB par la distribution). Et on pouvait bien sûr additionner toutes les transactions (le PIB par la dépense).

Il est intéressant de remarquer que le PIB de la foire donnait une impression assez exacte de la prospérité de la province. Quand la foire tournait bien, l’économie tournait bien. Ils avaient compris que la croissance (l’augmentation du PIB) donnait de l’emploi, de l’argent et de la prospérité.

Un petit détail semble pourtant échapper à nos économistes actuels qui continuent à attendre de la croissance, la solution de nos problèmes. A l’époque le PIB par la distribution, l’argent que les acheteurs possédaient, avait été gagné par le travail. Le PIB par la valeur ajoutée, les marchandises proposées, avaient été fabriquées par le travail. C’est le travail de la province qui générait aussi bien les marchandises à vendre que l’argent pour les acheter. Et si tout tournait bien au moment de la foire, c’est que tout le monde travaillait dur le reste du temps.

Aujourd’hui pour flatter le peuple et pour qu’il vote bien, l’argent est de plus en plus emprunté et les marchandises de plus en plus importées. C’est l’esclavage dans le temps, base réelle de l’emprunt, et l’esclavage dans l’espace, base réelle du libre-échange, qui cherchent à alimenter la croissance pour faire décoller le PIB.

Emprunter pour payer ce que l’on importe et jouir sans produire ne peut marcher que si le travail est sous-traité aux esclaves, à ceux qui sont loin grâce au libre-échange et à ceux que nous serons demain grâce à l’emprunt.

Qui aurait la gentillesse d’aller l’expliquer à Madame Taubira ? Je me suis laissé dire qu’elle n’approuvait pas l’esclavage.

La société de l’apparence

Ce qui se passe actuellement est tellement simple, les innombrables façons de le cacher tellement compliquées et pour des raisons tellement peu avouables qu’il faut vraiment prendre le temps de s’interroger sur la façon de faire comprendre l’essentiel pour sortir de la crise.

L’économie d’un groupe c’est son action. Dans tout groupe on consomme des biens et des services et l’on produit des biens et des services. Si le groupe est sans contact avec d’autres groupes, les membres du groupe consomment ce qui est produit et produisent ce qui est consommé. Pour cela les membres du groupe travaillent et produisent les biens et les services dont les autres ont besoin. Chacun en vendant sa production se fournit de quoi acheter ce dont il a lui-même besoin. Les prix s’établissent par le regard commun qu’acheteur et vendeur portent sur la transaction. Le prix doit permettre à l’acheteur comme au vendeur d’équilibrer son budget.

Mais depuis deux siècles et surtout depuis 40 ans, nous avons profité de découvertes extraordinaires comme la machine à vapeur, l’électricité, la sidérurgie, le cinéma, le téléphone fixe puis portable, la voiture, l’avion, le nucléaire, la télévision, les fusées, l’informatique et internet pour oublier la base de l’économie et croire que nous pouvions consommer sans produire nous-mêmes, jouir sans travailler vraiment.

Pour ce faire nous avons fabriqué la société de l’apparence : nous avons emprunté ce qu’il fallait pour acheter et nous avons importé ce qu’il fallait pour vendre. Cela a donné du mouvement que nous avons appelé PIB et qui est devenu la référence de l’intelligence économique. Il suffisait d’y penser !

Notre société s’est donc organisée sur trois pieds :

L’esclavage dans l’espace pour importer au moins cher, l’esclavage dans le temps pour permettre l’emprunt et le plus difficile, la manipulation des esprits pour faire croire que l’impossible était non seulement possible mais souhaitable et bon.

L’esclavage dans l’espace a été confié aux multinationales qui, par le libre-échange, arrivent à faire fortune avec les pays émergents comme les négriers faisaient fortune avec le nouveau monde.

L’esclavage dans le temps a été confié au monde de la finance qui a changé le sens des mots pour passer inaperçu. L’inflation n’est plus l’augmentation de la masse monétaire mais sa conséquence qu’est la hausse des prix. L’usure n’est plus le prêt à intérêt condamné par toutes les sagesses et toutes les religions mais simplement son excès. Le mal n’a plus de mots pour qu’on puisse l’exprimer.

La manipulation des esprits a été confiée à la classe politico-médiatique qui a reconstitué par l’extérieur le lien premier entre la production et la consommation et qui a fait entériner par les peuples que l’impossible était possible.

Pour reconstituer le lien entre la production et la consommation on a abandonné le concret qui tient compte des économies d’échelle dans un quotidien à taille humaine pour un abstrait incompréhensible et planétaire confié à une classe politico-médiatique internationale qui lie les deux esclavages à l’ONU, à l’UNESCO, au FMI, à l’OCDE, à l’OMS, à la banque mondiale, à l’OMC, à Bruxelles, à Luxembourg, à Strasbourg ou à Francfort tout en saupoudrant la Terre de journées contre l’esclavage évidemment réduit à la traite négrière.

Pour faire entériner par les peuples que l’impossible était possible, on a séparé l’éducation du concret tout en jurant qu’au contraire on l’en rapprochait, et les classes politico-médiatiques nationales ont sollicité les deux esclavagistes. Au premier on a demandé de faire croire aux peuples que les autres peuples paieraient pour eux en achetant leur intelligence et qu’ils auraient donc le travail à vie d’être admiré et payé du don de leur savoir. Au second on a demandé l’énorme masse d’argent nécessaire pour que les peuples viennent dire dans l’urne le jour prévu que tout cela est d’une intelligence remarquable.

Un indice de la réalité de ce constat est que c’est dans ces trois pieds, dans les multinationales, dans la finance et dans le monde qui parle dans les médias, et uniquement dans ces trois pieds que l’on s’enrichit facilement.

Pour retarder l’écroulement ou l’explosion de cette usine à gaz impossible, on a fabriqué une science économique qui oublie les deux bases de la vraie économie : l’argent est de l’énergie humaine stockée et ce qui est vrai à 100, ne l’est pas forcément à un million et encore moins à un milliard.

Le résultat en est évidemment une crise car la réalité se rebiffe, le rêve ne peut être éternel. Nous vivons un temps bizarre. La science économique, pour rassurer, parle de cycle. La classe politique annonce la sortie de la crise au fur et à mesure que nous nous y enfonçons davantage. La classe médiatique nous vend de l’évasion et de la bonne humeur en faisant parler ceux qui ne savent pas et en empêchant de parler ceux qui savent. Ceux qui parlent expliquent doctement ce qu’ils n’avaient pas prévu et passent le relais à ceux qui amusent. Et les peuples ont peur.

Qui remarquera que la guerre, quels que soient les adversaires, résout d’un coup tous les problèmes ? Et guerre et paix ne seraient-ils pas un cycle suffisamment connu de l’humanité pour que nous cherchions moins à vendre notre intelligence aux pays émergents qu’à l’utiliser chez nous pour le bien de la paix ? Ne faut-il pas commencer par nous interroger sur l’environnement cohérent et sacré dans lequel nous pourrions être solidaires ?

Travailler pour fabriquer

C’est un vrai plaisir de voir la classe dirigeante respecter enfin le « droit au travail » du préambule de la Constitution et mettre unanimement l’emploi en priorité absolue. Mais personne n’envisage d’autres moyens que le retour de la croissance et leur seule activité est de se disputer pour savoir s’il faut la faire revenir par l’offre ou par la demande.

Comme personne ne comprend et qu’évidemment ni l’une ni l’autre ne fonctionne, le débat commence à être haineux.

Commençons par comprendre ce qu’ils voudraient dire. Rappelons pour la forme que le PIB est une mesure d’activité d’un espace donné pendant un temps donné et qu’il peut se calculer de trois façons comme cela est écrit sur le site de l’INSEE et comme cela a déjà été écrit pour un marché forain.

Le PIB du marché peut être calculé par les marchandises apportées le matin par les forains et les maraichers moins celles remportées à la fin, le tout chiffré à leur prix de marché. C’est le PIB INSEE par la valeur ajoutée si chère à nos économistes qui expliquent par là le terme de Produit.

Le PIB du marché peut être aussi calculé en additionnant l’argent qui est dans les poches de tous les gens rentrant sur le marché et en en soustrayant ce qu’ils ont encore en partant. C’est le PIB INSEE par la distribution.

Le PIB du marché peut être enfin calculé en additionnant toutes les transactions. C’est le PIB INSEE par la dépense, évidemment le plus simple à calculer mais le plus difficile à faire passer pour un produit.

Le PIB est donc clairement, non un produit mais une activité qui peut facilement se réduire à une simple agitation.

Que disent nos dirigeants ? Ils affirment à très juste titre que si le marché croît et recouvre tout le quartier, cette croissance créera des emplois de vendeurs chez les maraichers, chez les forains et dans tous les commerces adjacents.

Mais au lieu de regarder le problème du déclin du marché dans sa complexité et surtout dans sa vérité dérangeante, ils se séparent en deux simplismes opposés et évidemment tout aussi inefficaces l’un que l’autre.

Le premier est de faire de la relance par l’offre et de faire venir plus de maraichers, plus de forains. S’il n’y a pas les acheteurs cela ne marche évidemment pas. C’est pourtant la solution des gens qui se disent de droite. Le second est de faire de la relance par la demande, par l’augmentation de la consommation en remplissant les poches de tous les gens qui entrent sur le marché. S’il n’y a rien à vendre cela ne peut pas marcher non plus. C’était la solution des gens qui se croient de gauche et qui, devant l’échec évident de leur simplisme, sont en train de tourner casaque pour enfourcher le cheval de la relance par l’offre qui ne peut pas plus marcher que la relance par la demande.

Les somptueux économistes que nous avons, ont expliqué aux partisans de la relance par la demande qui se demandaient comment trouver des marchandises à vendre, qu’il n’y avait qu’à importer ce qui permettrait de faire de la croissance par la consommation. Personne n’a jamais expliqué d’où viendrait l’argent qui permettrait à la fois d’être mis dans la poche des consommateurs et d’acheter de quoi leur vendre.

D’autres économistes tout aussi distingués ont tout expliqué aux partisans de plus en plus nombreux dans leur apparente sagesse de la relance par l’offre et qui se demandaient qui viendrait acheter les marchandises à vendre. Ils leur ont dit qu’il n’y avait qu’à vendre à tous les étrangers et faire de l’exportation grâce à l’Europe et à la mondialisation. Personne n’a jamais expliqué comment les mêmes marchandises pouvaient être en même temps sur le marché et exportées pour avoir l’argent nécessaire à leur achat sur le marché.

Faut-il en rire ou faut-il en pleurer ? C’est du même niveau que la querelle entre vouloir dépenser plus pour dépenser moins, c’est-à-dire faire de la croissance pour rembourser la dette, ou vouloir dépenser moins pour dépenser plus, c’est-à-dire accepter l’austérité pour atteindre la prospérité.

Pourquoi des gens intelligents se complaisent-ils dans de telles fadaises enrubannées de médias, en les faisant proférer par une dizaine de satrapes repus qu’on a laissés déguiser leur incompétence en expertise ?

La réponse est malheureusement très simple. Pour relancer le marché, il faut à la fois fabriquer ce qui sera à vendre et à la fois travailler pour avoir l’argent pour l’acheter. Il faut travailler pour fabriquer. Les foires montraient la prospérité d’une région car jusqu’au XXème siècle on y travaillait pour fabriquer.

Mais aujourd’hui vouloir mettre de l’argent dans les poches des gens pour leur faire acheter des produits importés ne mène pas loin. Pas plus que se gargariser en pensant que notre système éducatif fabrique une telle intelligence que la Terre entière va venir nous l’acheter en nous évitant le travail. La vanité fait rire, elle ne nourrit pas.

Travailler plus pour produire réellement nous-mêmes et acheter moins facilement car supprimer l’esclavage nous coutera très cher, est évidemment la seule sortie de crise possible. Mais il n’y a que deux voies pour cela : le protectionnisme et la guerre qui seuls nous mettront en face de nous-mêmes.

Les Politiques n’aiment pas le protectionnisme car mettre les Français en face d’eux-mêmes n’est pas électoral. Comme le disait un spécialiste du monde politique à un candidat qui voulait dire la vérité : « Tu veux dire la vérité ou être élu ? ».

Les élus ont tous choisis d’être élus. Ils ne sont pas pourris, ils sont cohérents. Ils ne peuvent choisir le protectionnisme sans affronter leurs électeurs, ce qu’ils ne peuvent envisager. Ils laissent la guerre nous mettre en face de nous-mêmes. Ils clament que le protectionnisme mène à la guerre mais ce sont eux qui,  consciemment ou inconsciemment, ont choisi la guerre. Le côté haineux du débat actuel commence déjà à fabriquer les boucs émissaires possibles.

Louis XV disait déjà : « Après moi le déluge ! ». Serions-nous tous des Louis XV ? Allons-nous attendre qu’ils nous disent tous comme Mac Mahon : « Que d’eau ! Que d’eau !  » ?

Renouer avec la prospérité

Un « journaliste économique  » d’Europe 1 expliquait récemment que pour renouer avec la prospérité il fallait accepter la rigueur.

Le discours politico-médiatique est en crise car il vit mal son écartèlement.

Une fois que l’on a compris d’abord que la croissance n’est que la dépense, ensuite que l’argent n’a plus rien à voir avec de l’énergie humaine stockée et enfin que l’oligarchie au pouvoir, toutes fausses nuances confondues, a besoin de beaucoup d’argent pour acheter notre affect et déguiser finement la ploutocratie en démocratie pour garder le pouvoir, nous ne pouvons que constater l’impossibilité dans laquelle le discours politico-médiatique est obligé de s’enfermer et les contradictions qui s’affichent de plus en plus au grand jour.

D’un côté on attend la croissance. Notre président va même en Côte d’Or pour tenter de redorer sa cote. Il faut dépenser !  Peu importe que la dépense soit intelligente ou stupide, peu importe que ce soit avec de l’argent laborieusement gagné ou avec de l’argent volé, emprunté ou fictif, peu importe que ce que l’on paye soit utile ou nocif, il faut dépenser pour faire de la croissance. « Importons et consommons » disent ceux qui se croient de gauche tout en disant que nous, méchants occidentaux, nous consommons trop. « Investissons et exportons » disent ceux qui se croient de droite et qui n’arrêtent pas de déprécier les actifs qu’ils ont acheté beaucoup trop cher. Tout le système repose sur la croyance en une valorisation d’actifs qui permet l’emprunt pour dépenser mais qui ne tient que si le système continue. L’INSEE additionne « en volume » le PIB et les importations et additionne en monnaie le PIB et les exportations !

De l’autre côté l’idéologie du mondialisme nous oblige à approuver les instances supranationales (la Commission de Bruxelles, la Banque Centrale Européenne, rue du Kaiser à Francfort, le FMI, l’OCDE, l’OMC) qui toutes nous disent de dépenser moins en coûtant elles-mêmes très cher.

Augmenter la dépense publique pour faire de la croissance. Diminuer la dépense publique pour plaire au marché et continuer à pouvoir emprunter un argent qui n’existe pas mais qui rapporte gros aux fabricants de rêves. Il faut faire les deux il faut augmenter et diminuer à la fois.

Cela donne le jeu sympathique parlementaire entre ceux qui disent qu’il faut dépenser plus (accepter le déficit budgétaire) pour pouvoir enfin dépenser moins ( freiner l’augmentation de la dette !!!!! ) et ceux qui disent qu’il faut dépenser moins (accepter la rigueur) pour pouvoir enfin dépenser plus ( renouer avec la prospérité ).

Se moquent-ils de nous ou d’eux-mêmes ? C’est la seule question qui nous sépare encore d’une prise de conscience intelligente ou du désastre.

Tout va très bien Madame la Marquise…

En cette fin d’année 2012 réjouissons-nous d’avoir des dirigeants, toutes tendances confondues qui « réforment pour redresser » en évitant soigneusement l’horreur absolue qu’est le protectionnisme qui nous ferait inéluctablement retourner « aux heures les plus sombres de notre Histoire ». Leur quasi-unanimité fait plaisir à voir et force à la réflexion. Et si le libre-échange était la solution ? Et si c’étaient eux les bons médecins ? Ils sont tous d’accord !

Tournons-nous vers la science médicale.

On peut ouvrir grand les fenêtres de la chambre d’un malade par grand froid pour vérifier que seuls les plus robustes s’en sortent. On peut aussi fermer les fenêtres et s’intéresser à la santé du malade en examinant l’air qu’il respire, la nourriture qu’il mange et tout ce qu’il boit, pour chercher ensuite à comprendre ce qui le rend malade et faire ce qu’il faut pour le guérir.

Ce qui est incompréhensible c’est d’ouvrir les fenêtres en faisant rentrer le vent glacial tout en se lamentant sur la dégradation de la santé de ce pauvre malade ! Pour arriver à cette contradiction aberrante il faut cumuler la faiblesse du malade qui se laisse faire, la crédulité de son entourage qui croit bien faire et la folie du praticien qui par bêtise, suffisance ou cynisme, fait croire que ce n’est pas contradictoire et que c’est même indispensable.

Quand le malade se sent de plus en plus faible et qu’il ne peut même plus se lever pour fermer la fenêtre, il se replie sur lui-même, remonte sa couverture, cherche à se convaincre que le praticien sait ce qu’il fait ou que l’été va arriver tout en se préparant à l’inéluctable. Il ne cherche même plus à convaincre son entourage de ne plus suivre aveuglément les conseils du praticien. Il n’a plus la force de les réveiller. Il a pourtant essayé mais on lui a envoyé les infirmiers. Sa peur se transforme en haine, haine de soi ou haine des autres, puis en désir de violence contre lui ou contre l’entourage. Il est en attente permanente de sa propre déflagration.

L’entourage lui, est inquiet. On lui a fait croire que fermer la fenêtre, c’était être agressif vis-à-vis des voisins, et que la vie en commun avec eux était bénéfique, moderne, inscrite à la fois dans le beau, le bien, le vrai, le juste, le pur et le riche. On lui a expliqué que la science ordonnait d’ouvrir les fenêtres et que les fermer s’appelait le protectionnisme et avait généré Adolf Hitler. Comme il comprend mal la logorrhée mais s’en laisse impressionner, l’entourage laisse faire le praticien tout en constatant que les voisins sont plus en train de creuser des tranchées que d’ouvrir les bras. Il se dit qu’il n’y connait rien alors que le praticien est compétent, choisi par la famille et assez crédible quand il explique l’accroissement du nombre de morts par une épidémie qu’on n’avait pas connu depuis 1929. Au fond de lui-même l’entourage n’y croit pas mais les medias le font tellement saliver sur les prochains combats entre les marrons et les gris, sur le sensationnel et le spectaculaire, qu’il fait semblant d’y croire en s’évadant dans le prochain tirage du loto et dans les vies intimes volées aux étoiles tombées du ciel. Et tant pis pour le malade. C’est vrai qu’avec une telle épidémie, on n’y pouvait pas grand-chose ! De profundis.

Mais tout cela ne pourrait exister sans le praticien, sans celui que l’on a caricaturé, un sac de riz sur l’épaule et qui a tout appris à l’Ecole Nationale d’Anesthésie. Il a appris à se faire aimer, à se faire admirer, à se faire choisir et à se faire retenir. On lui a dit qu’il avait été distingué parce qu’il savait déjà tout et qu’on allait donc simplement lui apprendre à le faire savoir. Bien sûr « plaire ou conduire, il faut choisir » mais comme il savait déjà naturellement conduire, il suffisait de lui apprendre à plaire. Il lui fallait rapidement séduire les medias pour avoir la fidélité des familles. La maladie devait être ce dont il devait parler mais en pensant clientèle. Il ne devait jamais oublier de se constituer sa clientèle familiale en se souvenant que pour les Latins famulus comme cliens voulaient dire serviteur et qu’une clientela était à Rome un ensemble de personnes soumises ou dépendantes. On lui a aussi appris que pour retenir durablement sa clientèle il fallait agir sur trois niveaux.

Le premier niveau est de fragiliser la clientèle en la séparant de sa raison pour ne la motiver que par ses besoins et ses sentiments. Tout pour le cœur et le ventre, rien pour le cerveau. Pour cela une instruction que l’on métamorphose discrètement en éducation tout en veillant à négliger toujours l’expérience et le discernement qui risqueraient d’harmoniser les patients. Faire croire qu’une accumulation de connaissances suffit à fabriquer des hommes debout est essentiel à la survie du système. Il faut retarder au maximum la confrontation au réel et garder le plus longtemps possible la future clientèle dans cette chrysalide du formatage. Il ne doit pas y avoir de service national et un accompagnement de flatteries pédolâtres est conseillé pour la réussite de cet amollissement obligatoire.

Le deuxième niveau est de se rendre indispensable par la création d’une science qui affirme qu’ouvrir les fenêtres des chambres de malades surtout quand il gèle, mène à la guérison toujours annoncée et jamais advenue. Tout le monde croit cette science car elle est fondée sur deux principes éternels : celui des médecins de Molière et celui des habits neufs de l’empereur d’Andersen. Le premier affirme :  « Ossanbabdus, nequer, potarinum, quipsa, milus. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette ». Le second rappelle que seuls les sots ne comprennent pas. Les deux principes, une fois aussi intimement liés qu’un politique et une journaliste, font que tout le monde croit cette science dite « économique » sans doute parce qu’elle permet d’économiser le discernement.

Le troisième niveau est la pérennisation du système par le développement de la séduction et de la maîtrise déjà initiées aux niveaux précédents.

Pour la maîtrise, le corps des infirmiers est là pour inverser ce que tout parent apprend dès leur plus jeune âge à ses enfants : « Dépêche-toi ! » et « Fais attention ! ». Les infirmiers sont recrutés pour que soient punis ceux qui s’obstinent à ne pas comprendre que la vitesse est un défaut. Ils sont là aussi pour rendre inutile l’attention et la vigilance puisque du matériel est scellé (garde-fous plots, chaînes) pour qu’il soit physiquement impossible de faire ce que les praticiens ont décrété dangereux. On ressort le lit à barreaux pour une clientèle adulte déjà inscrite comme futurs malades récalcitrants.

Pour la séduction il ne faut pas lésiner car il faut accepter de payer très cher ceux qui sont capables de faire croire que cela va aller mieux quand tout va de plus en plus mal et qui surtout, sont capables d’expliquer quand cela va encore plus mal, que nous voyons enfin le bout du tunnel. Ils savent convaincre que le PIB, la croissance et la valeur ajoutée sont des richesses quand ce ne sont en fait que des dépenses. Ces illusionnistes du bonheur sont irremplaçables car ils arrivent à faire croire à la clientèle que c’est elle qui décide par un jeu très amusant que les praticiens appellent la démocratie. Ce jeu consiste à dépenser ce qu’il faut pour convaincre la clientèle malade de plébisciter les praticiens entre 8 heures et 20 heures un jour précis, choisi plusieurs mois à l’avance, où la clientèle devra donner son avis. Peu importe les moyens à y mettre. La difficulté est de viser juste et que l’attirance sentimentale et la satisfaction des besoins dépassent très précisément ce jour-là le rejet que la raison imposerait si on la laissait se construire et s’exprimer. Il faut évidemment être très riche pour jouer à ce jeu qui est, de fait, toujours réservé aux mêmes praticiens et à ceux qu’ils cooptent. Il faut être très riche pour augmenter le nombre des infirmiers et augmenter les rémunérations des hommes de média. Or les praticiens se voient pauvres et ne peuvent sans déplaire demander trop directement beaucoup d’argent à leur clientèle. Les hommes de média ont donc expliqué à la clientèle qu’il était important pour elle que le niveau de vie des praticiens soit assuré et que la collectivité devait s’en charger. La collectivité paye donc les praticiens pour qu’ils paient les medias qui vont expliquer que les praticiens ont tout compris.

Mais ce n’est pas suffisant et le « faire croire » est hors de prix. Les praticiens ont donc décidé de protéger coûte que coûte le système financier créateur d’argent qui seul peut donner l’argent inexistant qui permettra de faire les dépenses de plus en plus importantes mais de plus en plus indispensables à la non explosion du système. On utilisera sans vergogne les trois niveaux pour que personne ne réalise que tout sera payé au bout du compte par la dévaluation et la hausse des prix c’est à dire par les épargnants et par les consommateurs. Les praticiens bénissent cet impôt privé qui leur assure leur avenir. Les seuls à ne pas y croire sont les hommes du système financier eux-mêmes qui savent que tout ne tient que par le double esclavage dans l’espace par le libre-échange et dans le temps par le prêt à intérêt et les échéances de fin de mois à perte de vue. Ils savent le pourcentage énorme d’actifs irrécupérables non provisionnés et ils ont tellement peur de la proximité de leur propre explosion qu’ils ne se prêtent même plus entre eux. Les praticiens ont compensé le double esclavage par une journée annuelle de condamnation sans appel de l’esclavage des gentils noirs par les vilains blancs. Ils retardent l’explosion des banques en offrant en garantie la fortune de leur clientèle. Mais personne n’y croit plus…sauf ceux que nous payons à nous y faire croire.

Tout va très bien, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien. Pourtant, il faut, il faut que l’on vous dise, on déplore un tout petit rien : un incident, une bêtise…

La valeur ajoutée, base de notre économie

La valeur ajoutée est avec le Produit Intérieur Brut, le fameux PIB, et avec la croissance, la triple base positive de notre économie. Le PIB est la somme des valeurs ajoutées et la croissance est l’augmentation de ces deux merveilles. Tout est donc fondé sur « la valeur ajoutée » qui est sans nul doute le concept le plus fou de l’économie. Tout le monde entend qu’on ajoute une valeur, y compris les professeurs d’économie qui diffusent cette perversion. Regardons cela de plus près.

L’INSEE propose la définition suivante de la valeur ajoutée : « Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire » et l’INSEE définit par ailleurs la consommation intermédiaire comme la « Valeur des biens et des services transformés ou entièrement consommés au cours du processus de production ».
Cette définition est déjà fausse puisque les salaires qui sont une valeur de services consommés au cours du processus de production, ne sont pas déduits de la valeur de la production. Mais passons….

La valeur ajoutée d’une entreprise c’est son chiffre d’affaire facturé avec TVA diminué de tout ce qu’elle achète à l’extérieur avec TVA comme biens et services. Cette valeur ajoutée c’est ce qui lui permet, nous dit-on, de payer les salaires, les charges, les impôts, faire les investissements et rémunérer le capital.

Nous avons donc la formule simple, base de notre économie libérale :

Somme de tous les chiffres d’affaire – Somme de tous les achats = Salaires + charges sociales + Impôts + Investissements + Dividendes des actionnaires.

La première partie de l’équation permet de payer la seconde.

Mais le chiffre d’affaire d’une entreprise n’est-il pas soit un achat par une autre entreprise soit de la consommation de particuliers que l’on appelle ménages ou de collectivités que l’on appelle administration ou associations ? Evidemment oui.

Et dans une entité comme la France ou l’Europe que l’on réputera fermée pour ne pas compliquer, ce qu’une entreprise achète à l’extérieur n’est-il pas toujours du chiffre d’affaire pour une autre entreprise ? A nouveau évidemment oui.

Si l’on fait la somme de toutes les valeurs ajoutées de toutes les entreprises de cette entité, la somme des chiffres d’affaires devient donc la somme de tous les achats des entreprises plus la somme de toutes les consommations des ménages, de l’administration et des associations, soit la formule :

Somme de tous les chiffres d’affaire = Somme de tous les achats de toutes les entreprises + Somme de toutes les consommations des particuliers, de l’administration et des associations.

La valeur ajoutée globale de cette entité qui permet de payer salaires, charges sociales, impôts, investissements et rémunérations des actionnaires est donc :

Valeur Ajoutée = ( Somme de tous les achats de toutes les entreprises + Somme de toutes les consommations des particuliers, de l’administration et des associations ) – Somme de tous les achats de toutes les entreprises.

Et en simplifiant :

Valeur Ajoutée = Somme de tous les achats de toutes les entreprises + Somme de toutes les consommations des particuliers, de l’administration et des associationsSomme de tous les achats de toutes les entreprises.

L’on s’aperçoit alors avec horreur que la valeur ajoutée d’une entité comme la France par exemple c’est exclusivement ce que nous dépensons tous. Plus nous dépensons, plus nous faisons de croissance et d’augmentation du PIB.

C’est tellement vrai que l’INSEE pour connaitre la valeur ajoutée de l’administration, comptabilise ce qu’elle coûte.

C’est aussi tellement vrai que l’INSEE écrit que la somme de toutes les dépenses est une autre façon de calculer le PIB. Mais avouons qu’il est plus plaisant de croire que c’est la somme des valeurs ajoutées. Personne ne comprend mais ça marche, suivant le principe du conte d’Andersen sur les habits de l’Empereur.

Tout d’un coup l’on comprend que la croissance doit se financer puisque ce n’est qu’une augmentation de la dépense et que l’on ne sait évidemment financer que par l’emprunt. Comme cet argent n’existe pas, il faut le créer et la loi Rothschild de janvier 1973 étendue à l’Europe par le traité de Maastricht oblige à payer très cher les banques privées pour qu’elle veuillent bien s’engraisser en nous créant par la double écriture l’argent dont nous avons absolument besoin pour continuer à croire que nous créons de la valeur en dépensant de plus en plus.

On comprend le ralentissement de la croissance mais on comprend beaucoup plus difficilement les Politiques et leurs séides qui nous annoncent tous qu’on va bientôt sortir de la crise en réformant pour redresser. Ils s’accusent les uns les autres de n’avoir jamais  su quoi faire et d’être incapable de concevoir tellement ils pensent tous que l’autre bord n’a pas compris grand-chose ou, s’il a compris, qu’il ne pense qu’à lui.

Et si la réalité était que personne ne fait le moindre effort pour comprendre ?

Le PIB est-il l’argent en circulation ?

Comme j’affirmais dans l’article « Un emplâtre sur une jambe de bois » que le PIB était la mesure plus ou moins juste de l’argent en circulation, j’ai reçu par ricochet la réponse suivante que je recopie intégralement :

Alors LA !!! LA !!! Quand même, faut pas déconner. Ecrire « Le PIB étant la mesure, plus ou moins juste, de l’argent en circulation » et vouloir qu’on le lise, c’est un peu fort de café !!! Moi aussi je peux en faire des comme ça : l’électricité est faite avec du jus de frite, le verre des bouteilles vient de la lune, le ciment n’est pas utilisé dans le bâtiment mais pour repriser les chaussettes, et puis quoi encore ?
Une fois de plus, je conseille à toutes les personnes qui veulent parler d’économie de faire au moins l’effort de lire un manuel d’économie. Il y en a plein et même des pas chers.

Je remercie déjà ce contradicteur de s’exprimer ce qui me permet de lui répondre d’abord, d’analyser sa réaction ensuite.

Pour comprendre il faut partir de ce qu’écrit l’INSEE. Tout ce qui est en bleu est copié-collé du site de l’INSEE. Ce qui est en noir est de moi ainsi que le soulignage :

Les grands agrégats économiques associés au PIB sont le revenu national brut (RNB), la capacité ou le besoin de financement de la nation, les grandes composantes de l’équilibre entre les éléments de l’offre (PIB, importations) et de la demande (consommation, investissement, exportations), la ventilation des facteurs de production (emploi, stock de capital) par secteurs institutionnels (entreprises, ménages, administrations publiques considérés comme producteurs de richesses) et la valeur ajoutée qu’ils génèrent.

Le PIB y est présenté comme un élément de l’offre, exactement comme les importations. Mais cette offre n’est pas une offre d’argent mais une offre de marchandises ou de services. Tout le truc pour l’INSEE consiste à parler en volume et à traduire ce volume en argent à prix courants comme il l’explique lui-même :

Le produit intérieur brut est publié à prix courants et en volume aux prix de l’année précédente chaînés. Son évolution en volume (c’est-à-dire hors effet de prix) mesure la croissance économique.

Prenons l’exemple du kilo de tomate. Il peut être importé ou produit en France. C’est l’offre. Si je veux ces tomates je les demande et je les paye 5 € le kilo cette année alors qu’elles valaient 4 € l’année dernière. J’ai donc dépensé 5 € et ces 5 € sont évidemment arrivés dans ma poche par mon travail. Jusque là c’est simple. Mais pour avoir plus de tomates il va falloir que je travaille plus et ce n’est pas électoral. Il faut donc le présenter différemment.

L’INSEE (en fait les Politiques avec les Economistes) a trouvé la parade qui n’est évidemment qu’une apparence. Il dit  » Nous avons produit (le PIB) ou importé des tomates (on parle en volume) que nous traduisons en euros (à prix courants) qui valaient 4 € l’année dernière (aux prix de l’année précédente chainée), c’est l’offre. Mais pour ne pas mélanger croissance et hausse des prix l’INSEE précise bien que la hausse des prix de 4 à 5 € ne rentre pas en ligne de compte et que c’est simplement l’augmentation de la consommation de tomates qui aurait fait de la croissance (Son évolution en volume (c’est-à-dire hors effet de prix) mesure la croissance économique). Voila donc la croissance à la française, la croissance par la consommation. Si nous consommons deux fois plus de tomates cette année que l’année dernière nous aurons fait la croissance dont les Politiques ont tant besoin.

Mais revenons au PIB et à nos tomates. Je rappelle comment l’INSEE définit le PIB :

Définition

Agrégat représentant le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.
Il peut se définir de trois manières :
– le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d’activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d’activité) ; Les 5 € sont la valeur ajoutée par le producteur de tomate.
– le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations ; J’ai dépensé 5 euros de tomates
– le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d’exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d’exploitation et revenu mixte. Ce sont 5 € que j’avais dans ma poche grâce à mon travail.

Si le PIB est à la fois la somme de l’argent dépensé, la somme de l’argent distribué et la somme de ce que l’on a acheté avec, je maintiens qu’il est la mesure plus ou moins juste (à cause de l’épargne) de l’argent en circulation.

J’en arrive maintenant à l’analyse de la réaction de mon contradicteur qui, en plus, à le lire, doit être très sympathique. Il navigue de bonne foi dans un système qui est faux et qui s’habille de mathématiques.

Je me souviens en 1ère année d’HEC avoir fait remarquer à mon prof d’économie dans le grand amphi que pour démontrer que A était égal à C il n’avait peut-être pas besoin de 4 tableaux quand il prenait comme hypothèses que A était égal à B (hypothèse en haut à gauche du 2ème tableau) et que B était égal à C (hypothèse en bas au milieu du 3ème tableau).

Il est faux de dire que le troc a précédé la monnaie, il est faux de dire que le PIB est autre chose que la somme des dépenses publiques et privées, il est faux de dire que la croissance apporte des richesses quand on est incapable de différencier une richesse d’un encombrement et d’un déchet. En revanche il est vrai que le prêt à intérêt est un impôt privé payé par la dévaluation et la hausse des prix. Il est dangereux de vouloir changer le temps avec la recherche, changer l’espace avec l’Europe et le mondialisme, changer les hommes par la formation et tout attendre de Dieu par la croissance, cette manne imbécile que l’on voudrait divine et dont nous constatons évidemment l’absence.

Mais cela va être aussi difficile à faire rentrer dans les esprits que quand Copernic a osé dire que la Terre tournait autour du soleil ou quand Semmelweis a osé dire aux médecins de se laver les mains.

Cela s’appelle un changement de paradigme. Sa nécessité s’appelle la crise. Sa réalisation se fait par l’intelligence ou par la guerre qui remet en un instant les yeux en face des trous.

La valeur ne se chiffre pas

Toute la science économique est fondée sur le chiffrage de la valeur et, comme chacun a pu le constater, si la parole ouvre le débat, le chiffre le ferme. Les discussions d’économistes sont tristes car elles sont très souvent des querelles de chiffres que personne ne peut ni vérifier ni contester puisqu’ils viennent d’autres économistes réputés impartiaux et qu’ils sont l’aboutissement d’un labyrinthe inconnu que personne ne peut réellement explorer.

Or la valeur se marie mal avec la mathématique. La valeur n’est qu’un regard. A chacun son regard qui peut d’ailleurs varier dans l’espace et dans le temps. Le regard que l’on porte sur un verre d’eau ne sera pas le même en plein Sahara, à côté d’un torrent alpin ou dans une soirée mondaine. Le regard porté sur l’homosexualité va être liberté à Paris et crime à Téhéran. « Quelle est cette vertu que trajet d’une rivière fait crime ? » disait Montaigne. Telle activité ou tel objet n’aura pas la même valeur à 20 ans et à 60 ans. L’or et l’argent n’avaient pas la même valeur dans l’Europe de Christophe Colomb et chez les indigènes des Amériques.

Si deux personnes portent le même regard sur le même objet au même moment et au même endroit, ils lui donneront la même valeur et si l’un veut le vendre et l’autre l’acheter, ce sera le prix de cet objet entre eux deux, à ce moment-là et à cet endroit-là. Il n’y a rien à en tirer d’autre si ce n’est que pour celui qui achète ce sera une valeur d’usage puisqu’il va s’en servir, et pour celui qui vend une valeur d’échange puisqu’il va en tirer de l’argent. Mais s’il n’y a pas à cet instant-là volonté de s’en séparer et volonté d’acquérir, ce sera simplement une valeur, un regard personnel éventuellement partagé.

Parler de « création de valeur » ou de « taxe à la valeur ajoutée » n’a aucun sens (sauf le mot taxe) car le même objet peut être vu comme une richesse, un encombrement ou un déchet. Le crottin de cheval est richesse pour le jardinier, encombrement pour le promeneur et déchet pour le cheval. Il n’a pas de valeur unique.

La valeur est une notion philosophique. Vouloir la chiffrer c’est faire de la mathématique sur de la philosophie et c’est rigoureusement impossible.

Lorsque les Politiques parlent de leurs valeurs, ils savent qu’ils parlent de leurs regards qui sont toujours tournés avec ornières vers la prochaine élection. Il faut faire saliver les électeurs mais surtout ne pas être précis car certains recracheraient. Les Politiques savent que les valeurs ne se chiffrent pas.

Plus sérieusement la valeur étant un regard, elle est le vrai, le bien et le beau. Elle est ce que je crois vrai, ce que je répute être le bien et ce que je considère comme beau. La valeur est le lien entre des personnes qui, ayant le même regard, constituent un groupe avec une même vision du futur à construire sur des bases assez semblables.

Aujourd’hui la valeur a été kidnappée, au singulier par les économistes, au pluriel par les politiques. Il serait bon de prendre conscience qu’un regard commun sur le beau, le bien et le vrai nous manque dramatiquement. Chacun se replie sur soi et attend le choc. Essayons au moins de comprendre pourquoi.