La mondialisation de l’aveuglement

Quand un problème est mal posé, il n’y a pas de solutions. Cette vérité simple voit la gauche s’entredéchirer.

Il y a ceux qui rejoigne le MEDEF et la mondialisation avec Macron, Hollande, Vals et El Khomri pour rappeler sans le dire que l’humanité est passée de 1 milliard en 1800 à 7 milliards aujourd’hui et qu’un homme ne vaut donc plus rien ou plutôt ne vaut que le prix d’un Chinois qui parait déjà trop cher puisqu’on a trouvé encore moins cher d’abord au Vietnam et maintenant en Ethiopie. C’est le camp des « réalistes » qui gouvernent la France sans discontinuité depuis que Mitterrand a remplacé Mauroy par Fabius en 1984. Ce camp inclut la droite et le centre qui n’ont que les querelles de personnes pour se faire remarquer. L’ineffable Dominique Reynié des Républicains a d’ailleurs mis sur le net une pétition en faveur de la loi El Khomri qui a été immédiatement signée par le président du MEDEF, Pierre Gattaz et par son prédécesseur Laurence Parisot. Les réalistes ont fait oublier l’O.I.C. et la coopération entre Etats pour créer l’O.M.C. et la compétition entre Etats, tout en priant partout pour que la manne divine qu’ils appellent croissance retombe enfin pour donner la prospérité qu’ils continuent sans vergogne à promettre pour être élus. En attendant ils accompagnent la baisse générale du niveau de vie par des moyens aussi divers que sophistiqués que chacun peut observer. Le résultat est depuis 1984 la montée du chômage, de la dette et du déficit du commerce extérieur, la montée de la dette tentant de remplacer l’esclavage dans l’espace qu’est la mondialisation par l’esclavage dans le temps qu’est la dette et que les Français commencent à entrapercevoir. ,Il n’est pas sûr qu’ils l’acceptent.

Il y a ceux qui ont bien compris que les « réalistes » entraînaient la France vers un nivellement mondial par le bas réduisant les civilisations à des amusettes pour touristes mais ceux-là se convainquent eux-mêmes que, comme le dit Mélenchon « La France n’a jamais été aussi riche » et peut donc distribuer sa richesse au peuple tout en se protégeant. Ceux-là se contentent d’être souverainistes  et sont rejoints par Dupont-Aignan et Florian Philippot

Il y a encore ceux qui comme Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit ou Axel Kahn veulent la mondialisation et trouvent dans l’idéologie la force d’améliorer la vie de tous les habitants de la Terre. Ils ont signé une tribune dans Le Monde du 23 février 2016 :

 » La gauche doit porter en la matière de grandes réformes sources de compétitivité pour les entreprises et de progrès social pour les salariés, telles que la sécurité sociale professionnelle, qui permettent à chacun au XXIe siècle de rebondir en cas de difficultés, sans passer par la case chômage, et de progresser tout au long de sa vie professionnelle ».

Avec eux le problème est résolu par la gauche idéologique qui combine sans vergogne la compétitivité avec le Bengla Desh et le progrès social pour tous. Qui paye ?

Le drame est que tous les dirigeants de la Terre ont été déformés dans les universités françaises, américaines ou anglaises et qu’ils attendent tous la croissance comme le messie. Ils l’appellent tous développement économique alors qu’elle n’est qu’augmentation des dépenses. A titre d’exemple Sri Mulyani Indrawati, venant d’Indonésie, a été formatée dans l’université américaine de l’Illinois puis a travaillé à Atlanta en Georgie à l’US Agency for International Development (USAID) avant de devenir ministre des finances d’Indonésie et enfin directrice générale de la Banque mondiale. Dans une interview au Figaro du 27 février 2016 elle dit :

« Plus que jamais l’objectif prioritaire doit être la réduction de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie dans des pays touchés par les conflits ou dans des pays fragiles. L’objectif doit être de redonner de l’espoir aux populations. Beaucoup s’enfuient de chez eux parce qu’ils ne voient pas d’autre option. La croissance économique doit par conséquent aussi être inclusive et se soucier d’abord des 40% de la population la plus pauvre. La lutte contre les inégalités devrait être partout une priorité. Plus que jamais les questions de gouvernance, de réforme des institutions et de lutte contre la corruption doivent être traitées pour créer des sociétés justes qui permettent aux populations de réaliser leur potentiel ».

Comment peut on voir ce qu’il faut faire si l’on croit partout que la dette peut remplacer le travail, que la croissance paiera la dette et que les populations pourront réaliser leur potentiel c’est-à-dire vivre au pays de Cocagne ? De qui les politiques de toute la Terre se moquent-ils ? Ne sont-ils pas en train de tuer notre civilisation ?

Et si l’on s’intéressait à l’emploi ?

Le problème est difficile car nous vivons au-dessus de nos moyens grâce à deux esclavages, l’un dans l’espace déguisé en libre échange et l’autre dans le temps que nous appelons l’emprunt ou la dette. Nous avons une journée contre l’esclavage qui nous rassure mais nous ne vivons dans une opulence factice que grâce aux deux esclavages qui nous ont donné les avantages acquis et la protection sociale auxquels nous tenons tant. Comme aucun des deux esclavages n’est assumé, l’esclavage dans le temps fait monter la dette et l’esclavage dans l’espace creuse le déficit du commerce extérieur.

Au lieu d’analyser les raisons profondes de la montée de la dette comme de celle du déficit commercial, nous rêvons à l’inversion de leurs courbes par deux rêves très médiatisés: la création future de richesses pour rembourser les dettes et la compétitivité pour mieux vendre. Nous oublions que la richesse n’étant qu’un regard, elle ne peut pas être créée et que par ailleurs, pour être heureux, c’est sur l’axe de la coopération et non de la compétition qu’il faut avancer. Bien sûr, comme on ne touche pas aux causes et comme un rêve n’a jamais changé la réalité, les effets restent. La dette continue de monter et le déficit du commerce extérieur continue de se creuser. La parenthèse actuelle de diminution du déficit ne vient que de l’effondrement des prix du pétrole et n’est malheureusement en aucun cas une inversion de tendance.

Comment s’étonner alors que pour payer deux fois ce que nous consommons, une fois pour payer les esclavagistes dans le temps, les milliardaires de la finance, et une fois pour payer les esclavagistes dans l’espace, les milliardaires asiatiques, nous nous sommes vite aperçus qu’il fallait investir dans des usines délocalisées ou dans des machines sur notre territoire car les machines, elles, n’ont ni avantages acquis ni protection sociale. Les deux, bien évidemment, font monter le chômage. Une baisse de la consommation s’ensuit donc et les politiques peuvent enfin se croire utile en s’écharpant pour savoir s’il faut relancer l’économie par la consommation ou par l’investissement, par la demande ou par l’offre.

Et si l’on se réveillait ?

Le chômage montera avec la dette et le déficit tant que les Français accepteront de vivre au-dessus de leurs moyens grâce aux deux esclavages comme nous le faisons depuis 50 ans.

Il y a plusieurs moyens d’arrêter cette triple et sinistre ascension.

Le premier moyen est un leurre après lequel courent nos dirigeants comme leur opposition. Il s’agit de faire semblant et de faire croire comme le font admirablement les médias que la croissance arrive et qu’elle apportera l’emploi tant attendu. Faut-il encore répéter que la croissance n’est que l’augmentation des dépenses et non la manne divine à laquelle ils font semblant de croire. Ce premier moyen a et aura l’inefficacité que l’on connait puisque personne ne se demande jamais qui paye la croissance. Certains voudraient même faire croire que ce serait elle qui se paierait elle-même.

Le second moyen, efficace, radical et immédiat, c’est la guerre qui arrête d’un coup les emprunts comme les transports. Elle met les peuples en face d’eux-mêmes et les contraint à l’humilité, au courage et au discernement. Elle s’installe d’elle-même sous n’importe quel prétexte quand elle devient indispensable pour pallier la difficulté des peuples à se remettre en question et le manque d’humilité, de courage et de discernement de leurs dirigeants. La guerre a rempli sa tâche deux fois au XXème siècle et à chaque fois, en mourant, la guerre a ouvert une fenêtre au bon sens que nous avons unanimement saisie puis très vite lâchée pour nous complaire à nouveau dans nos égoïsmes et nos querelles.

Le troisième moyen est évidemment le plus délicat mais le seul à être efficace hors la violence. Il commence par se fonder sur le bon sens que les lucarnes post guerrières de 1945 à 1948 nous avaient permis d’entrevoir et qu’unanimement nous avions accueilli pour prôner la coopération et non la concurrence et la compétition, le respect de l’autre et non sa simple apparence en voulant lui imposer notre vision du beau, du bien et du vrai, fondement d’une civilisation mais pas de l’humanité entière. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » et « Quel est cette vertu qu’un trajet de rivière fait crime » disait déjà Montaigne.

Sur un plan extérieur c’est la Charte de La Havane qui refusait l’esclavage dans l’espace et qui imposait d’un commun accord à tous l’équilibre de la balance des paiements pour qu’aucun pays ne paye pour les autres. L’application actuelle de son esprit, refusant d’importer plus que ce que nous exportons, est la seule façon réaliste, hors la guerre, de redonner du travail aux Français qui devront fabriquer les dizaines de milliards d’euros du déficit commercial actuel. Mais ce n’est pas pour autant la panacée.

Son application navrera les milliardaires asiatiques mais les milliardaires financiers, les tenants de l’esclavage dans le temps, chercheront par tous moyens à nous y faire renoncer comme ils nous ont formatés à oublier l’OIC pour ne penser qu’OMC qui prône la compétition. Ils nous diront que les prix vont exploser et que nous vivrons collectivement et matériellement beaucoup moins bien et ils auront raison puisque l’un des deux esclavages sera clos et que nous devrons travailler nous-mêmes.

Se posera alors un problème beaucoup plus difficile à résoudre. La dette ne payant plus la consommation et le travail l’ayant à nouveau remplacée, les Français devront en tirer deux conséquences. Il nous faudra d’abord être créatifs pour fabriquer à nouveau tout ce que nous nous interdirons d’importer et que nous ne savons plus produire; la créativité de notre peuple y pourvoira. Mais il nous faudra aussi faire des choix pour savoir à quoi renoncer dans tout ce qui structure le faux Eldorado dans lequel on nous a fait croire que nous pouvions vivre. Les milliardaires de la finance avec leurs médias et leurs communicants, aidés par certains politiques et certains intellectuels, feront tout pour que nous continuions à rêver.

La question sera alors de savoir si nous préférerons continuer à bien vivre en étant par lâcheté les complices objectifs de la guerre qui s’installera sous le premier prétexte venu. Ne laissons pas la guerre faucher nos enfants parce que nous aurions préféré regarder ailleurs.

Concrètement mais autrement

Le but d’un blog est de faire circuler des idées. Il m’a été proposé mon article « Concrètement… » réécrit avec un autre style. Je le mets sur le blog en espérant des commentaires sur l’une ou l’autre forme, sur l’une et l’autre forme. Le voici :

Lors de l’interview d’un politique ou d’un économiste, tout bon journaliste aura cette phrase magique : « concrètement dîtes-moi » , « Concrètement qu’est-ce que ça veut dire ? »

Les média veulent du buzz, les hommes politiques veulent être reconnus et soi-disant de l’efficacité.

Ils se retrouvent et se contentent de l’apparence en ne se jaugeant qu’à l’aune de l’audimat pour les uns, des sondages pour les autres. Tout est dans la réaction immédiate. Il faut plaire donc mentir.

Dans mes précédents écrits j’ai utilisé l’image de l’arbre malade à partir de ses racines, son tronc est gâté de l’intérieur, ses branches sont malsaines, mais des « prestidigitateurs » s’activent avec des pulvérisateurs de vert et de brillant pour faire croire que les feuilles sont vertes, brillantes, donc l’arbre est en bonne santé.

Revenons à cette image et superposons-la à notre société. A mon avis elle est aussi malade de trois racines.

La première racine malade est la notion de richesse, qui est ce que les citoyens jugent beau et bon. Mais confondre production et richesse, concrètement est-ce que toute production est forcement belle et bonne ?

La seconde racine malade est la monnaie qui n’est que l’étalon reconnu de la richesse par l’ensemble. Alors concrètement est-ce qu’elle est belle et bonne ?

La troisième racine malade est la confusion problème/solution. Les normes sont-elles un problème ou une solution ? L’immigration est-elle un problème ou une solution ? La mécanisation est-elle un problème ou une solution ? Alors concrètement, la dette est-elle un problème ou une solution ?

Ces trois racines malades pourrissent le tronc gâté. On remplace le travail par la machine ou par la dette et on fait croire aux populations que le système est possible.

Les populations de l’ensemble de la terre regardent avec envie ce « pays de Cocagne » où il n’est pas nécessaire de travailler pour manger, se loger, être soigné.

Personne ne se pose la question : qui paye ?

Les machines et la dette cachent la vérité et montent vers des sommets toujours dépassés

Et les branches me direz-vous ?

La branche économique est la plus touchée par le venin. Les entreprises fabriquent avec des machines et de la dette, on dépense de l’argent en publicité et commerciaux et on fait croire que la production est belle et bonne.

La population est de moins en moins utile à la fabrication des richesses, mais on a besoin d’elle pour consommer, alors on se sert de la dette pour que les productions soient reconnues comme richesse.

Concrètement , on donne des week-ends des vacances, des RTT, des 35 heures que les machines, ni la dette ne réclament.

Mais les banques qui ont prêté de l’argent qu’elles n’avaient pas veulent le récupérer, or personne ne peut rembourser puisque les Etats, les entreprises, les ménages sont SURENDETTES.

Alors concrètement les richesses futures se heurtent à la réalité de la montée du chacun pour soi.

Quant à la branche éducation elle n’est pas mieux lotie puisque le travail sera fait par les machines et la dette, concrètement le seul travail admis est celui de la mémoire (et la grande tarte à la crème) qu’est la numérisation dont on ne perçoit pas encore si elle sera créatrice ou destructrice d’emplois.

La connaissance et la mémoire donnent de merveilleux diplômés inaptes à être utiles.

Ne serait-il pas plus utile de laisser le matin à l’éducation nationale et l’après-midi à une formation de la vie encadrée.

Je ne parle pas aujourd’hui de la branche politique où bon nombre de politiques, fonctionnaires, n’ont jamais été confrontés à la vie et ne pensent qu’à l’affect du peuple plutôt que de tout simplifier.

Concrètement, quand commencerons-nous à soigner les racines du mal ? 

Concrètement….

« Concrètement » est le mantra de tout bon journaliste lors d’une interview d’un politique ou d’un économiste. « Oui mais concrètement que proposez-vous ? », « Oui mais concrètement qu’est-ce que cela veut dire ? », « Concrètement que faudrait-il faire ? ». Les médias veulent du concret comme les politiques veulent de l’efficacité. Ils se retrouvent pour se contenter de l’apparence en ne se jugeant qu’à l’aune de l’audimat pour les uns, des sondages pour les autres. L’impression, le sentiment, l’affect du peuple est ce qu’ils travaillent et ce qui les fait vivre. Tout est dans la réaction immédiate qui est supposée plaire. Il faut plaire et donc faire croire.

L’image de l’arbre a déjà été prise ici mais elle revient sans cesse à l’esprit. Les voir tous s’agiter avec leurs pulvérisateurs de peinture verte et de brillance artificielle pour faire croire que les feuilles sont vertes et l’arbre en bonne santé, est dérisoire devant la réalité des faits. Les meilleurs renoncent même à espérer comme Michel Onfray qui dit « Le bateau coule, restez élégant. Mourez debout… » ou comme Charles Sannat dont je vous conseille la lecture sur www.insolentiae.com et qui écrit « Préparez-vous, il est déjà trop tard ». Personne n’analyse réellement la maladie de l’arbre à partir de ses racines malades qui donne son tronc gâté et ses branches malsaines voire pourries.

Concrètement trois racines sont malades dans notre société :

La première racine malade est la notion de richesse qui n’est plus simplement ce que le groupe juge beau et bon mais un avoir qui fait confondre la production et la richesse comme si toute production était forcément belle et bonne.

La seconde racine malade est la monnaie qui reste chez beaucoup le substitut du troc alors qu’elle n’est que l’étalon de la richesse, unanimement reconnu comme tel par le groupe parce qu’elle est stockage d’énergie humaine vécue comme belle et bonne par le groupe qui l’a émise.

La troisième racine malade est notre facilité à confondre problème et solution. Les normes sont-elles un problème ou une solution ? L’immigration est-elle un problème ou une solution ? La mécanisation est-elle un problème ou une solution ? La dette est-elle un problème ou une solution ? L’Europe est-elle un problème ou une solution ? La croissance est-elle un problème ou une solution ?

Concrètement ces trois racines malades alimentent conjointement et pourrissent ensemble un tronc complètement gâté qui remplace systématiquement le travail par la machine ou par la dette au plus grand plaisir des populations à qui l’on fait croire que le système est possible. Les populations au pluriel car la population autochtone n’est pas la seule éblouie et l’ensemble de la Terre regarde avec envie ce pays de Cocagne où il n’est pas nécessaire de travailler pour manger, être logé et être soigné. Personne ne se pose plus la question « Qui paye ? » puisque les machines et la dette cachent la réalité et montent inexorablement toutes les deux vers des sommets toujours dépassés

Concrètement la branche économique est évidemment la plus touchée par la sève qui n’est que du venin. Les entreprises fabriquent des productions avec les machines et la dette et l’on dépense beaucoup d’argent en publicité et en commerciaux pour faire croire que la production est belle et bonne et qu’il faut être un imbécile pour ne pas en avoir envie, pour ne pas voir cette beauté et cette utilité, pour ne pas voir une richesse dans cette production. La population est de moins en moins utile à la fabrication des prétendues richesses et on peut lui donner des week-ends, des vacances, des RTT, des 35 heures, des arrêts-maladie que ni les machines ni la dette ne demandent. On a même inventé un temps sans rougir le ministère du temps libre qui ne nous a même pas fait pleurer. Mais on a besoin de la population pour consommer et on se sert à nouveau de la dette pour que les productions soient toutes reconnues comme richesses en étant achetées grâce à l’emprunt. Ainsi va l’immobilier des particuliers et la mécanisation des entreprises. Mais les banques qui ont prêté de l’argent qu’elles n’avaient pas, veulent récupérer leur argent « pour détruire cette fausse monnaie » comme elles disent. Or personne ne peut rembourser puisque les Etats, les entreprises et les ménages sont tous surendettés. Le rêve de la création de richesses futures se heurte à la réalité de la montée du chacun pour soi où les particuliers imitent par la fraude les entreprises et les Etats qui veulent les ponctionner par la ruse. Mario Draghi a beau tenter de sauver les banques par son « no limit » à la planche à billet, chacun sait que le système va exploser et que les peuples devront payer la note.

Concrètement la branche éducation n’est pas mieux lotie car le seul travail qui y est admis est celui de la mémoire. Tout le reste doit être fait par les machines et par la dette avec entre autres la nouvelle coqueluche qu’est la numérisation. Non filtrée par l’expérience qui ne s’apprend pas dans les livres, la connaissance triée par le ministère donne des jeunes gens merveilleusement diplômés et totalement inaptes à être utiles. Les classes pilotes qui regroupaient les meilleurs élèves et les meilleurs professeurs pour faire l’ensemble du programme le matin et faire l’expérience de la vie l’après-midi, ont été supprimées pour élitisme. Et si on ne laissait que le matin à l’éducation nationale en la faisant récupérer son vrai nom d’instruction publique à l’école et à l’université pour donner l’après-midi au grand air à l’armée qui pourrait confronter les adolescents à des réalités simples ?

Je ne parle pas de la branche politique où des fonctionnaires qui n’ont jamais été confrontés à la vie, ne pensent concrètement qu’à plaire à l’immédiateté de l’affect du peuple en compliquant tout au lieu de tout apurer.

Concrètement ne serait-il pas plus judicieux de commencer par soigner les racines malades ? Mais là on leur en demande peut-être un peu trop.

Noël

Dans l’armée mexicaine des rédacteurs en chef du journal Les Echos, Daniel Fortin est rédacteur en chef « Idées et Enquêtes ».

Sur Europe1, ce jour de Noël, à la question de Pierre De Vilno « Il n’y a pas un vrai retour de la croissance. Pourquoi notre économie n’arrive-t-elle pas à décoller ? »  Daniel Fortin a eu la réponse lumineuse : « Ça, c’est le grand mystère ».

Pour ce spécialiste des idées et des enquêtes, l’économie aurait dû repartir avec « la chute des cours du pétrole, la baisse de l’euro ou encore le niveau incroyablement bas des taux d’intérêts », ce qu’il appelle même « l’alignement des planètes ». Avec en cerise sur le gâteau, les effets du pacte de responsabilité, l’économie devait repartir.

Le malheureux doit avouer qu’au lieu de favoriser la reprise « ça profite davantage aux importations qu’à nos propres producteurs ». Il se lance alors en bon journaliste dans l’explication du mystère et va chercher pour comprendre, le pape de l’économie française, Patrick Artus, X, ENSAE, Science-po, professeur partout, conseiller ailleurs, membre de conseils d’administration divers dont Total et farouche partisan de l’immigration et de la productivité présentées par lui comme les deux mamelles de la croissance. Daniel Fortin explique : « Plusieurs économistes dont Patrick Artus estiment que l’offre française n’est plus suffisamment adaptée à la demande moderne. Elles ont un problème de gamme. On parle aussi du vieillissement de nos usines qui seraient beaucoup moins robotisées que celles de l’Allemagne ou de l’Italie ». En bon serviteur du système Daniel Fortin conclut par la touche d’espoir indispensable, tempérée par un conditionnel prudent : « Le problème serait structurel donc plus long à traiter, ce qui explique le retard à l’allumage de la croissance ».

Comme Noël est le jour des cadeaux, j’ai décidé de lever le mystère pour qu’il puisse enquêter en 2016 les yeux ouverts. Je lui annonce sans vouloir l’attrister que le Père Noël n’existe pas et que si les parents ne travaillent pas pour gagner de l’argent, les enfants n’ont pas de cadeaux. C’est peut-être douloureux mais c’est l’explication de son mystère.

Comme tous ses congénères et comme l’armée politicienne qu’il sert, il s’est convaincu que le PIB est une création annuelle de richesses à se partager, alors qu’il n’est que la somme de toutes nos dépenses avec un argent que nous gagnons de moins en moins et que nous empruntons de plus en plus à des banques qui n’en ont pas et qui, faute de récupérer l’argent créé par elles, commencent déjà à déposer le bilan comme en Italie ou au Portugal en dépit du rachat par la BCE de toutes leurs créances douteuses sur des Etats qui ne peuvent rembourser qu’en empruntant davantage.

Mais de même que les enfants n’aiment pas apprendre que le Père Noël n’existe pas, les Français n’ont pas du tout envie d’entendre que la croissance n’a jamais été l’augmentation des richesses produites mais qu’elle n’est que l’augmentation des dépenses quelles qu’elles soient. Il est tellement agréable de croire vivre dans un pays riche, de se croire capable d’être généreux sans se restreindre, de penser à 20 ans qu’on sera riche à 40 ans parce qu’il est normal d’avoir sa part de la croissance.

Je sais qu’il y a dans mes lecteurs des gens honnêtes qui ont du mal à croire que le PIB n’est que la somme des dépenses tellement cela remet tout en cause. Qu’ils lancent le débat ici, je répondrai à tous et qui sait ? Je me mettrai peut-être à croire au Père Noël s’ils sont convaincants.

Je cherche la personnalité politique qui arriverait à dire aux Français que le Père Noël et le pays de Cocagne n’existent pas. Dans le système électoral actuel ce serait évidemment suicidaire. Allez tenter un scrutin  majoritaire sur l’existence du Père Noël chez des enfants de 6 ans et vous aurez le même résultat qu’avec des adultes français consultés sur le PIB qui est forcément une production et forcément une création de richesses.

Qui a encore envie de réfléchir et de s’intéresser vraiment aux générations suivantes ? A mes yeux sûrement pas Patrick Artus et Daniel Fortin.

Gloire au travail

Il y a une contradiction apparemment insurmontable entre l’affirmation souvent énoncée ici qu’il n’y a pas de création annuelle de richesses et l’observation apparemment indiscutable que depuis l’époque de l’homme de Cro-Magnon une multitude de richesses a été créée par les hommes.

Les tenants de la création annuelle de richesse la chiffrent même par le PIB et souhaitent son augmentation par ce qu’ils appellent la croissance économique.

Mais la richesse n’est qu’une façon de regarder et si elle est richesse pour les uns, elle est embarras pour d’autres et même rebuts pour certains. Cela est vrai dans l’espace mais aussi dans le temps. Si en Hollande de 1634 à 1637, le prix d’un bulbe  de tulipe valait 15 ans de salaire d’un maçon, le prix d’une maison ou d’un carrosse avec ses deux chevaux , il vaut aujourd’hui 6 euros la douzaine. Un lieu de vie qui aurait été conservé en Europe dans l’état où il était à l’époque de Néanderthal serait aujourd’hui par sa rareté et sa tranquillité hors de prix et réservé à quelque émir ou oligarque. La sculpture « dirty corner » qu’Anish Kapoor a créée à Milan et déposée dans les jardins du château de Versailles est sûrement une richesse aux yeux des organisateurs de l’exposition, sûrement un déchet aux yeux de ceux qui l’ont surnommée « Le vagin de la reine » et probablement un encombrant et une gêne pour tous ceux qui venaient voir Versailles pour remonter le temps. Si le Pont du Gard est une richesse aujourd’hui, était-il à sa construction autre chose qu’un élément de voirie pour approvisionner Nîmes en eau ? 

C’est notre regard individuel qui différencie ce qui à nos yeux est précieux et ce qui peut partir à la poubelle. Ce qui nous est précieux nous est richesse mais n’est qu’une richesse individuelle. La richesse collective est beaucoup plus difficile à appréhender car elle appelle deux questions : quel collectif ? et qu’est-ce qu’un regard collectif ?

La doxa « attalienne mincienne et BHLienne », relayée par les médias, nous dit que le collectif est le monde qu’il baptise, comme s’il n’y en avait qu’une, « la planète » par un égocentrisme très révélateur. Cette doxa affirme que si les espèces animales ont le droit d’avoir des races de chiens, de poules ou de chevaux, l’espèce humaine, elle, n’a plus de races et qu’il faut même supprimer le mot des dictionnaires. Cette doxa pateline et mielleuse veut imposer sa morale et sa vision à toute l’humanité en pensant trouver dans la fuite en avant la réponse à l’échec qu’ils ont tous eu chez nous. Cette volonté de mondialisation du collectif entraîne bien évidemment des réactions violentes de gens que l’on appellera terroristes pour ne pas se compliquer la vie. Cette doxa, constatant que la communication s’était mondialisée, en a déduit complètement à tort qu’il en était de même pour la réflexion et l’action.

Une autre doxa, politicienne celle-là, nous dit que le collectif est européen. cette doxa-là veut appliquer à l’Europe toutes les recettes qui ont échoué individuellement dans chaque pays. Pour cette fuite en avant,  les politiques ont un besoin vital de l’euro, cet outil mort-né qu’ils momifient au lieu de l’enterrer. Ils se réunifient tous, ceux qui veulent dépenser plus pour dépenser moins comme ceux qui veulent dépenser moins pour dépenser plus, tous unis pour sauver l’euro, leur Europe et surtout eux-mêmes. Tous unis contre ceux qui veulent retrouver un collectif qui a déjà fait ses preuves, la nation ou la patrie.

Quant au regard collectif sur une chose, c’est son prix car seule la monnaie est reconnue par tous comme une richesse. Si des membres du groupe acceptent de s’appauvrir en monnaie en l’échangeant contre une chose ou un service, alors cette chose ou ce service qui n’était qu’une production est reconnue par le groupe comme une richesse, au moins à un moment donné et en un lieu donné.

Malheureusement depuis bientôt 50 ans nous fabriquons par la dette de la fausse monnaie qui casse tous les équilibres. Les productions sont réputées être des richesses alors qu’elles ne sont en réalité qu’encombrements ou déchets, par le simple fait qu’elles sont achetées avec de la monnaie obtenue sans efforts par l’emprunt . Il est plus facile d’emprunter à la banque de l’argent qui n’existe pas, que de travailler à la sueur de son front. Il est plus facile d’importer des marchandises que de les fabriquer en travaillant. Comme cela fait exactement le même PIB, les observateurs sont contents et on a simplement remplacé le travail par la dette qui monte, qui monte, qui monte…..

La montée des machines est un exemple intéressant de la perversité de la dette.

Les machines remplacent les hommes mais elles coûtent cher à concevoir et à réaliser. Normalement l’équilibre entre les trois entités créatives, l’homme, l’argent et la machine, se fait naturellement car d’un côté l’homme est attiré par la machine qui fait le travail à sa place mais de l’autre, il n’y a de machine que si l’homme a suffisamment travaillé pour avoir l’argent nécessaire à son achat. La machine ne crée pas le chômage parce qu’elle n’existe que si l’homme travaille assez pour pouvoir se la payer.

Or avec la dette le verrou saute. La machine est payée immédiatement par l’emprunt et à terme par les mythiques richesses futures. Le résultat est une mécanisation galopante qui fait monter parallèlement le chômage et la dette. Ne pourrait-il y avoir des économistes pour hurler aux oreilles des puissants que si l’on n’abandonne pas l’outil stupide de la dette pour retrouver le travail humain, le chômage ne peut que monter, la dette s’envoler et la violence atteindre des sommets.

Gloire au travail, le seul que l’on ose ignorer le jour de sa fête !

Avec quoi rembourser la dette ?

En ce jour des morts, le lendemain de celui de tous les saints, il est bon de regarder le site http://www.economist.com/content/global_debt_clock pour suivre en direct la montée inexorable de la dette publique mondiale. Elle est de 57.300 milliards de dollars et augmente de près de 7 milliards d’euros par jour.

Dans ce monde où l’on a tellement peur de la mort qu’on ne veut pas voir qu’elle fait partie de la vie, dans ce monde où les puissants ne prônent plus que l’individualisme après avoir fait sortir du collectif tout ce qui ressemblait à du bon sens, dans ce monde où les jeunes diplômés rêvent pour se rassurer d’embarquer sur des Titanic alors qu’en l’état, seuls les bouchons résisteront à la tempête, dans ce monde où l’apparence a détrôné la réalité et où la dépense devient richesse, dans ce monde où la vanité des puissants essaie de faire croire qu’un petit réchauffement de l’atmosphère terrestre est l’œuvre de l’homme alors que les mêmes sont incapables d’expliquer pourquoi, avant l’apparition de l’homme, la terre a eu des époques glaciaires et des époques très chaudes qui ont vu jaillir les Pyrénées et les Alpes, dans ce monde du grossissement médiatique des petits maîtres, au pouvoir ou dans son antichambre, comment ne pas prendre le temps de s’asseoir pour penser à tous ceux qui nous ont précédé en espérant pour leur descendance une vie riche, pure et juste ?

La prétention absurde des Attali Minc ou BHL de résoudre les problèmes de la même façon sur toute la Terre au mépris du respect de toutes les civilisations autres que la leur, a contaminé tous les suiveurs que la réflexion n’intéresse pas. Cette prétention largement diffusée par les médias nous entraîne dans une fuite en avant grotesque où l’uniformisation de tout, casse toute émergence de solution réaliste. La Bible nous apprenait pourtant déjà que lorsque les hommes ont voulu construire tous ensemble la tour de Babel pour « transpercer le ciel » Dieu les a dispersés en civilisations diverses ne se comprenant plus. Avons-nous oublié de nous nourrir de nos propres mythes ?

La dette ne sera jamais remboursée. Tout le monde le sait mais aujourd’hui personne n’ose le dire car le système ne tient que si l’on continue à emprunter. Tsipras s’est couché car il devait continuer à emprunter des euros puisqu’il avait peur de retourner à la drachme. S’il ne se couchait pas, on ne lui prêtait plus ce qu’il continuait à croire indispensable pour son pays. Il s’est couché et rien n’est résolu puisque les Grecs continuent à dépenser plus que ce qu’ils gagnent. Chacun sait que cela va exploser à nouveau.

Nous devons retrouver la capacité de ne pas dépenser plus que ce que nous gagnons. Les critères imbéciles de Maastricht de ne pas dépenser annuellement  plus de 103% de ce que nous dépensons annuellement et de ne pas emprunter plus de 60% de ce que nous dépensons chaque année, laissent assez pantois et permettent aux ignares de rêver. Dépensons plus et nous pourrons emprunter plus et dépenser encore davantage ! Tant qu’il y aura des « économistes » à défendre ces inepties nous ne pourrons faire aux créanciers le bras d’honneur que la vie imposera. Une fois encore et comme d’habitude, ce que l’intelligence ne fera pas, la guerre le fera.

De la richesse, de la croissance et de la dette

A en croire Jean-Luc Mélenchon la France n’a jamais été aussi riche, ce que semble très bien comprendre, à l’autre bout de l’échiquier politique, la député européenne ENL, la doctoresse Joëlle Mélin qui croit le programme du front national possible, vu la richesse de la France.

Il est vrai que Madame Bettencourt n’aborde pas les difficultés de la vie comme un quelconque smicard et que, si l’on est riche, les problèmes sont généralement plus simples à résoudre. C’est ce que pensent les politiques qui se croient au centre de l’omelette en dédaignant ce qu’ils appellent les extrêmes, et qui ont tous trouvé la même réponse à nos problèmes: le retour de la croissance. Elle est pour eux tous totalement indispensable et chacun explique que c’est sa priorité absolue et qu’il a, lui, la meilleure méthode pour y arriver sans jamais la détailler puisqu’elle n’est que l’augmentation du PIB que peu de gens comprennent. François Hollande n’a que la croissance à la bouche et notre ex-ministre des finances Pierre Moscovici, recasé à Bruxelles comme commissaire européen aux affaires économiques, le répétait encore le 22 octobre sur Europe1 en précisant qu’il n’était plus un homme politique français: « La priorité de la commission, il n’y en a qu’une, c’est de faire en sorte que la croissance s’améliore  » et pour ceux qui n’auraient pas bien entendu il rajoutait : « Cette commission, je le répète, n’a qu’une volonté, plus de croissance … et toutes nos politiques sont orientées vers cela ». La même commission n’arrête pas par ailleurs de morigéner les Etats qui dépensent trop et qui font donc de la croissance. La commission dit tout faire pour augmenter la croissance, c’est-à-dire augmenter nos dépenses mais trouve que nous dépensons trop.

Si l’on élimine l’explication de mettre d’urgence la commission en hôpital psychiatrique, y a-t-il une autre explication que celle qui constate qu’ils n’ont jamais compris ce qu’est le PIB et sa croissance que l’on appelle la croissance ?

Si la solution était de faire augmenter le PIB et donc de faire de la croissance, ce serait si simple ! On n’aurait qu’à embaucher des centaines de milliers de fonctionnaires et cela ferait de la croissance sous forme de PIB non marchand. Ce qui est en revanche très compliqué c’est de comprendre le grand écart de Nicolas Sarkozy qui voulait diminuer le nombre de fonctionnaires tout en voulant aller chercher la croissance avec les dents. N’aurait-il pas compris lui aussi que faire de la croissance c’est simplement dépenser davantage et que dépenser davantage fait automatiquement de la croissance ? On pourrait aussi pour faire de la croissance, casser, salir, saccager et cela obligerait à nettoyer, à réparer, à reconstruire et on ferait chaque fois de la croissance, du PIB marchand, et cela donnerait de l’emploi. On a vécu cela en décembre 1999 où dans le même mois nous avons eu une croissance extraordinaire qui a généré une valeur ajoutée tellement fantastique que l’Etat qui taxe la valeur ajoutée par la TVA en a rougi de plaisir en se constituant ce que l’on a appelé à l’époque la « cagnotte » . Nous avions simplement eu la chance d’avoir le pétrolier Erika qui avait mazouté 400 kilomètres de nos côtes le 11 du mois et deux tempêtes qui avaient saccagé la France d’abord le 26 puis entre le 27 et le 28 décembre.

On aurait pu croire qu’en cette fin de XXème siècle nous aurions enfin compris grâce à ces trois drames que le PIB n’est que la somme de toutes nos dépenses et qu’on ne peut pas à la fois les diminuer pour être intelligents et les augmenter pour faire de l’emploi. Savoir s’il faut augmenter ou diminuer nos dépenses, augmenter ou diminuer le PIB, faire de la croissance ou de la décroissance, est sûrement une question intéressante mais il faudrait systématiquement lui ajouter la question complémentaire que personne ne se pose jamais : Qui paye ? Qui paye la croissance ?

Hélas ! La mode est de croire que la croissance ne s’achète pas et qu’elle crée même des richesses. On entend même tous les politiques dire que l’emploi reviendra avec la croissance, ce qui est vrai car quand on dépense, il faut bien des gens pour faire les travaux utiles ou inutiles. Mais personne ne se pose la question de savoir qui paye cette croissance puisque chacun est formaté à croire que la croissance enrichit.

Les politiques s’agitent fébrilement pour à la fois faire absolument des économies mais surtout ne pas en faire pour ne pas casser la croissance. On se sert du vocabulaire pour faire croire qu’on a la solution. Nous allons arrêter de gaspiller et davantage investir.Ceux qui se disent de droite, plus l’exécutif en place, prônent l’austérité et la rigueur en pensant qu’en dépensant moins, la croissance reviendra et que l’on pourra alors dépenser le fruit de la prospérité. Ceux qui se disent de gauche prônent l’arrêt de l’austérité en pensant qu’en dépensant plus on fera revenir la croissance et que l’on pourra alors dépenser moins et rembourser la dette. Dépenser plus pour pouvoir le moment venu dépenser moins ou dépenser moins pour pouvoir le moment venu dépenser plus est le choix intelligent que les politiques nous proposent. Tant qu’ils confondront la croissance avec la manne divine les hommes chercheront leurs solutions ailleurs que dans la classe politique.

La plus mauvaise des solutions est de simplement reporter le problème pour ne pas avoir à l’affronter. C’est ce que nous faisons avec la dette pour le plus grand plaisir du monde bancaire qui prête de l’argent qu’il crée en polluant tout le sens de la monnaie. Cette fausse solution a contaminé toute la Terre par la mondialisation de la communication.

Aujourd’hui le peuple est endetté, les entreprises sont endettées et les Etats ont un endettement public qui donne le frisson comme le montre cette carte:.

Qui va rembourser ces dettes ? Qui a compris qu’il n’y a pas de création annuelle de richesse et qu’au bout du compte on demandera aux peuples de payer, ce qu’ils ne pourront pas faire et ne voudront d’ailleurs pas faire tellement on leur a fait croire que le progrès c’était vivre au pays de Cocagne.

Pour l’instant nous en sommes encore au stade où chacun veut faire payer les autres, ce qui casse le lien social déjà fragile.

Regard individuel et regard collectif

Tout s’écroule sauf la certitude de nos dirigeants droits dans leurs bottes d’apparat. Ils sont tellement peu sûrs d’eux-mêmes qu’ils ont besoin de se cramponner aux faux intellectuels façon Attali, Minc ou BHL qu’ils ont toujours écoutés, droite et gauche confondues, et qui les ont toujours conduits dans le mur. Ils sont incapables d’envisager qu’ils se trompent depuis toujours, que leurs analyses sont fausses et que les cycles économiques sont des leurres. A force d’acheter l’affect du peuple, ils se sont convaincus qu’ils étaient réellement appréciés pour leur supériorité naturelle.

De l’autre côté une partie du peuple croit au complot en pensant que le désastre est voulu dans le but d’en enrichir certains. Certes il y a manigance dans l’organisation de la débandade, mais il y a surtout une incompréhension généralisée de ce qui se passe et de la raison du désastre. Il suffit de parler en privé à des politiques pour constater combien ils sont perdus et combien ils ont peur d’affronter la réalité car comme le dit Daniel Cohn-Bendit « le discours de la vérité ne peut pas avoir la majorité ». Or les politiques craignent la vérité, ils veulent la majorité.

Toute notre société est structurée autour de l’idée que nous créons annuellement des richesses et que nous devons nous les partager au moins mal. Notre économie, notre éducation et notre politique sont fondées sur cette certitude et notre énergie n’est bandée que sur l’augmentation de la production de richesses, la fameuse croissance, et sur l’ajustement de sa répartition. Voilà notre dessein actuel qui est accessoirement d’un matérialisme affligeant.

Or il n’y a pas de création de richesses en économie contrairement au formatage martelé si agréable à entendre.

Une richesse n’étant qu’un regard il faut différencier le regard individuel du regard collectif. Il y a bien évidemment des regards individuels qui voient leurs créations comme des richesses. L’enfant qui fait avec son couteau un sifflet à partir d’une branche de frêne ou le peintre du dimanche qui se fait plaisir en maniant son pinceau, se créent évidemment des richesses à leurs propres yeux, richesses qui deviendront d’ailleurs souvent avec le temps embarras puis débarras. Mais nous ne faisons pas de l’économie en constatant cela. L’échange des regards individuels, c’est-à-dire le troc, n’a jamais existé que dans les cours d’écoles au grand dam des parents.

L’économie étudie, ou devrait étudier, les échanges entre les regards individuels et le regard collectif. Le regard collectif c’est la monnaie car, à l’intérieur du groupe qui a cette monnaie, chacun la regarde comme une richesse et le regard que portent tous les individus sur la monnaie est le même. Il n’y a donc qu’un seul regard collectif et la monnaie est une richesse reconnue par tous dans le groupe.

L’économie est censée étudier comment les individus qui portent un regard individuel de richesse sur ce qu’ils fabriquent par leur travail, vont pouvoir vérifier que ce qu’ils ont fabriqué est réellement reconnu comme richesse par le groupe et n’est pas considéré par le groupe comme inintéressant voire nocif.

La seule façon de faire cette vérification ponctuelle est de constater qu’un client vient s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir de ce qui n’était quelques instants auparavant qu’un regard individuel de richesse non encore reconnu. Dès que le client s’est appauvri par son achat d’une certaine quantité de monnaie, cette quantité devient le chiffrage du regard collectif que le groupe porte à ce qui a été créé. C’est par son propre appauvrissement que le client confère à la production de l’entreprise l’estampille richesse.

On ne peut donc pas dire qu’une entreprise crée forcément des richesses. Elle crée soit des richesses soit des inutilités soit des déchets qui n’intéressent personne. C’est en échangeant son argent contre la production de l’entreprise que le client transforme cette production en richesse parce que le regard collectif de l’argent a rencontré le regard individuel du producteur. C’est l’abandon par le client de son argent qui crée la richesse et non l’entreprise qui n’avait créé qu’une richesse potentielle et aléatoire.

Ce qu’il faut étudier ce n’est pas le bien ou le service qui a été proposé mais d’une part l’origine de l’argent qui a transformé ce bien ou ce service en richesse reconnue par le regard collectif et d’autre part les motivations qui ont poussé le client à s’appauvrir en monnaie.

Et c’est là où le bât blesse durement.

Dans une société normale c’est par le travail passé qu’un individu se trouve en possession de monnaie et il la dépense avec parcimonie car il sait les efforts qui ont été nécessaires pour l’obtenir. Mais dans notre société qui n’a réellement comme seul but que de justifier la surproduction que la mécanisation de tout a entrainée, ce frein salutaire a été saboté pour que la machine tourne. Il faut sauver la machine et tous ceux qui la servent. Ils sont faciles à reconnaitre : ce sont tous ceux qui gagnent beaucoup d’argent. Ce sont les mondes de la publicité (donc du sport et des médias), de la banque, de la politique et des dirigeants de grandes entreprises.

Et ça marche !

La machine tourne, tout le monde s’endette pour acheter, l’endettement mondial est sidéral comme l’endettement des particuliers, des entreprises et des Etats. L’Europe n’est pas encore endettée ? La Banque Centrale Européenne rachète aux banques par le « quantitative easing » des créances titrisées sur Etats qui ne pourront être honorées que par de nouveaux emprunts. Ce sont les subprimes en beaucoup plus gros mais mieux imaginées car totalement fondées sur la création de richesses futures auxquelles tout le monde fait semblant de croire.

La guerre a commencé pour savoir qui, des Etats, des entreprises ou des particuliers, va être contraint de sauver le système bancaire mondial que personne ne peut rembourser sans s’endetter à nouveau ou sans faire payer les autres. Le système bancaire mondial est déjà en décomposition avancée mais assez bien dissimulée pour faire encore provisoirement bonne figure.

Peut-être faut-il rapidement prendre conscience que la richesse n’est qu’un regard, individuel ou collectif !

L’irréalisme ambiant

Comme il est triste de voir les Politiques de tous pays s’échiner à résoudre un problème qu’ils ne peuvent résoudre puisqu’ils se lamentent de la montée en pression de la marmite qu’ils dirigent, tout en activant le feu qui fait monter cette pression ! Ils se haranguent les uns les autres et haro sur le baudet qui est au pouvoir en oubliant qu’ils étaient et seront d’autres baudets impuissants puisque personne n’a jamais su gérer un rêve.

L’Occident s’est servi d’une multitude de trouvailles techniques comme l’électricité, l’usage du carbone fossile, le téléphone, l’automobile, le train, l’aéronautique, la télévision, l’informatique, le nucléaire et internet pour diffuser en l’enveloppant, l’idée fausse que, pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, un peuple pouvait s’enrichir sans en appauvrir un autre et qu’à l’intérieur d’un peuple la faculté existait d’amasser sans dépouiller quiconque. On a dansé sur la sottise du gagnant-gagnant. On a confondu le regard émerveillé sur tant de nouveautés avec des richesses à se partager

Jusque-là on ne s’enrichissait qu’en appauvrissant quelqu’un d’autre, ce qui posait toujours quelques problèmes moraux. L’appauvrissement pouvait être volontaire pour remercier d’un apport matériel ou spirituel mais il était la plupart du temps imposé par les mises à sac, les razzias ou par l’esclavage présent sur tous les continents à l’exception de l’Australie aborigène. Le XXème siècle a tenté de faire croire à l’enrichissement naturel du peuple sans contrepartie. Pour réussir cette gageure, il a fallu cumuler plusieurs erreurs et surtout les instiller comme vérités dans les têtes.

Une fausse analyse de la monnaie d’où découlent toutes les autres erreurs. La monnaie étant au départ un stockage d’énergie humaine, nous avons oublié que toute création de monnaie sans augmentation d’activité humaine efficace équivalente dans le groupe, produit mécaniquement une dévaluation.

Une fausse analyse de la richesse que nous avons confondue avec la production en oubliant que la production pouvait produire des embarras et des déchets. Nous payons à crédit avec les richesses futures en oubliant qu’elles ne seront richesses que si l’argent pour les acheter existe déjà sans faire appel au crédit ou à l’emprunt.

Une fausse analyse de la mécanisation qui, si elle permet une production importante à prix diminués, continue à produire une fois les besoins rassasiés, et devient alors hors de prix par les coûts exorbitants de la publicité pour créer une ambiance de désir, du commercial pour exciter le désir et des banques pour rendre le désir accessible.

Une fausse analyse de la circulation des biens et des services avec l’invention fabuleuse et grotesque du PIB qui, de simple photo des échanges monétarisés, est devenue corne d’abondance qui justifie tout. On a inventé la création annuelle de richesses. Plus on dépense, plus on est riche, demain paiera.

Il faut une complicité quasi générale pour réussir une telle catastrophe. Faisons la liste des agents du désastre :

– Les banques avec le passage du prêt sur gage au prêt sur richesses futures et avec la création de fausse monnaie.

– Les publicitaires qui transforment à grand frais les rebuts en richesses.

– Les politiques avec l’oubli du service au profit du panache, de l’utile au profit de l’agréable et du concret au profit de la fuite en avant. Plaire ou conduire il faut choisir. Ils ont tous choisi de plaire, électoralisme oblige !

– Les philosophes qui aiment trop la sagesse pour la partager.

– Les médias qui rassurent, anesthésient et divertissent au lieu d’informer et de convertir.

– Les universitaires qui s’admirent dans leurs bulles en décérébrant leurs étudiants qui n’ont leurs diplômes que s’ils répètent les erreurs de leurs maîtres et qui sortent des universités, formatés et sûrs de tout sauf d’eux-mêmes.

– Le peuple trop content de pouvoir s’enrichir et qui n’a pas du tout envie de se demander qui va payer puisqu’on lui dit que ce sont les richesses futures. Il s’est laissé très volontiers convaincre que la dépense était une richesse et qu’il était possible de passer 25 ans à l’école, 20 ans en retraite avec au milieu quelques 35 années hyper protégées. Il a gobé que son « travail » entre les vacances, les week-ends, les arrêts-maladie et les RTT, pouvait le rendre propriétaire dans ce monde de l’avoir. Qui ne croirait pas au pays de Cocagne quand on lui fait croire qu’il existe. Toute la Terre va d’ailleurs vouloir venir vérifier sur place son inexistence.

– Les religions qui ne sont plus en occident les rassembleurs des questions sans réponses sur ce qui nous dépasse. Elles ont oublié leur utilité première qui est de faire passer des réponses, rassurantes mais approximatives et ambigües, par l’unanimité de ceux qui les entendent et qui s’y retrouvent en fraternité. Elles se contentent aujourd’hui de l’horizontalité de la solidarité en oubliant que l’on peut être solidaire d’un bloc de béton mais pas lui être fraternel par manque de verticale commune.

Mais si nous vivons depuis un siècle sur le rêve du « plus on dépense plus on est riche, demain paiera » et si nous continuons inlassablement à compliquer le problème en consommant et en investissant en comptant sur demain, la réalité reprend la main en nous renvoyant déjà aujourd’hui en boomerang la question « Et aujourd’hui qui va payer hier ? ».
Tout le monde est endetté, l’Etat, les entreprises et les particuliers et personne ne peut payer. Et les rares qui le pourraient encore car ils ont appauvri tous les autres, ne pensent qu’à dissimuler leur magot.

Le résultat est ce que nous constatons tous : un individualisme forcené des personnes physiques comme des personnes morales, qu’elles soient publiques ou privées. Chacun se bat pour faire payer tous les autres avec une intelligence et une créativité qui font rêver quand on imagine ce qu’elles pourraient apporter à la solution du problème si on acceptait de le poser correctement.

Mais poser le problème correctement n’intéresse personne. Nous préférons réinventer l’esclavage très loin ou chez nos paysans quand ils n’ont pas trahi leur monde en rentrant dans un système intensif et pervers que demain devra payer. Nous préférons bloquer définitivement le mal dans l’Allemagne nazie ou la Russie soviétique plutôt que de le voir à l’œuvre aujourd’hui. Nous préférons bloquer le mal chez Daesh plutôt que de le voir chez nous. Nous préférons rêver en sachant que nous rêvons plutôt que de nous réveiller, ce qui nous pousserait à nous lever. Nous préférons nous évader plutôt que d’affronter en laissant malheureusement à la vie le choix des moments des affrontements non préparés.

Dans un entretien très intéressant paru dans le Figaro du 25 mars 2015 Michel Onfray et François-Xavier Bellamy, tous deux agrégés de philosophie, répondaient in fine à la question : Que dire à un jeune de 20 ans ?

Michel Onfray – Le bateau coule, restez élégant. Mourez debout…

François-Xavier Bellamy – Nous sommes vivants. Quelles que soient les circonstances, l’histoire n’est jamais écrite d’avance : le propre de la liberté humaine, c’est de rendre possible ce qui, en apparence, ne l’était pas…

Permettez-moi d’apporter ma propre réponse – Ne vous contentez pas de mourir en dandy élégant, ne vous satisfaites pas d’espérer réaliser ce que vous n’imaginez même pas. Posez le problème que les générations qui vous ont précédés n’ont jamais osé regarder en face tellement il est monstrueux et complexe. Ne cherchez pas à le résoudre, vous vous y casseriez les dents. Faites confiance à la diversité des intelligences françaises pour le résoudre une fois qu’il sera bien posé. Ne fuyez ni dans l’espace ni dans le temps et si vous vous entraînez avec bonheur à exister dans des mini espaces-temps, n’oubliez jamais que votre pays a besoin de vous et que vos deux concurrents ne vous feront aucun cadeau. D’un côté la croissance portée par tous les politiques radoteurs cherchera toujours à vous endormir et à vous réduire à des ventres et à vos besoins. De l’autre la violence portée par toutes les fausses solutions d’un problème mal posé cherchera toujours à vous faire trouver des boucs émissaires et à vous réduire à votre cœur et à vos sentiments. Laissez votre cerveau être votre maître, l’humilité, le courage et le discernement éclaireront votre chemin. Ils vous montreront d’abord que vous n’êtes pas seuls et que, pour avoir un avenir, un peuple doit avoir un dessein.