Tout est lié

François Bayrou, lors de son discours du 3 mars 2025 à l’Assemblée Nationale, a prononcé la phrase malheureusement très réaliste :

Nous voici mis en demeure d’accepter des mœurs que nous refusons, de revoir les chartes de nos libertés, de repenser les règles de la démocratie et de la liberté d’expression, d’abandonner notre souci de décence pour accepter l’indécence qu’on voudrait nous imposer.

Si une quasi-totalité de la population partage cette phrase, qui prend réellement conscience qu’elle se retourne comme une crêpe selon que l’on précise qui met en demeure et qui doit le subir ? François Bayrou définit le bien et le mal mais se met peut-être trop rapidement du bon côté de la barrière sans imaginer qu’il puisse être du mauvais, et avec lui la quasi-totalité de la représentation nationale.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale une lutte à mort se déroule en effet sous nos yeux éteints entre deux visions du monde, l’une mondiale, merveilleuse, construite mais chimérique, l’autre internationale réaliste mais beaucoup plus dure que les tenants de la première dissimulent pour garder le pouvoir grâce à une démocratie faussée et manipulée. L’une ne voit plus l’intérêt des nations et veut tout traiter mondialement en se fondant sur la constitution progressive d’une civilisation unique parlant anglais, l’autre pense essentielle la spécificité intellectuelle de chaque nation et prétend organiser le monde par une relation équilibrée entre les nations.

Dès février 1946 l’ONU décide de convoquer une « Conférence internationale sur le commerce et l’emploi en vue de favoriser le développement de la production, des échanges et de la consommation des marchandises ». Cette conférence ne se réunira que de novembre 1947 à mars 1948 à Cuba, fera signer par 52 pays la Charte de La Havane, créera, intégré à l’ONU, l’Office International du Commerce (OIC) qui mettra en exergue la production, le plein emploi et la balance des paiements, superposition de balance commerciale équilibrée et de monnaies à valeur reconnue. En réaction s’est immédiatement créé hors ONU et à Genève en octobre 1947 par 23 pays également signataires de la Charte de La Havane, le Général Agreement on Tariffs and Trade (GATT) qui officiellement n’est là qu’en attente de la Charte de la Havane mais qui fait disparaître la production et l’emploi de ses préoccupations au profit du libre-échange. La bataille est lancée et dure encore en dépit de la victoire apparente par KO du GATT qui a obtenu la peau de l’OIC en obtenant la non ratification par le sénat américain de la Charte de La Havane et la création de structures de libre-échange comme l’Union Européenne et comme l’OMC, toujours à Genève et toujours hors ONU. L’OMC avec sa haine des droits de douane et sa vénération pour le libre-échange est l’exact contraire de l’OIC.

Cette victoire apparente du mondialisme et du libre-échange n’aura tenu que moins de 80 ans et s’écroule actuellement, sous nos yeux toujours éteints, par la prise de conscience progressive de la fausseté de son principe fondateur : profitez maintenant, le futur s’occupe de tout. C’est la façon dont ce principe, agréable mais totalement irréaliste, a pu être avalé par les peuples et entretenu par les élites, qu’il est intéressant de comprendre. Tout a été fondé sur les deux pieds d’une réponse à long terme qui est la création de richesses et d’une réponse à court terme utilisant l’absence de définition de la monnaie (marchandise, symbole, institution ?) pour la rendre illimitée.

La richesse n’est que le regard satisfait que nous portons sur une production de bien ou de service. Mais un regard ne se chiffrant ni se créant, il a été convenu de chiffrer la valeur d’un bien par l’argent qu’il fallait dépenser pour l’obtenir. On a fait pareil pour chiffrer la valeur d’un service comme le coiffeur, le comptable ou le médecin bien que le service disparaisse sitôt rendu. On a encore ajouté à cette « production marchande », une « production non marchande » chiffrée par ce qu’il faut dépenser pour l’obtenir, partant du principe qu’intelligents comme nous sommes, une administration ou une association nous rapporte forcément plus que ce que nous la payons et qu’il est donc judicieux de chiffrer par prudence ce qu’elle nous rapporte par ce qu’elle nous coûte.  On a enfin tout simplement éliminé  par machisme avéré de la « sphère économique » et donc de la respectabilité et de la richesse produite puisqu’elle ne se vendait pas encore, la production domestique, gestation, éducation des enfants, jardinage, potager, cuisine, ménage, etc, activités principalement féminines pendant des millénaires. On a décrété totalement arbitrairement que toute dépense était le constat d’une création de richesse. L’INSEE calcule le PIB qui est présenté partout comme le chiffrage de la création de richesse, par la somme de toutes les dépenses finales. S’il le calcule aussi par la somme des valeurs ajoutées, c’est que le calcul de la valeur ajoutée commence par la dépense des clients. L’UE nous impose de compter dans le PIB les dépenses de stupéfiants et de prostitution. Et nos élites utilisent dans leurs têtes des pourcentages de PIB qu’ils continuent à croire une ressource alors qu’il est un emploi fort mal nommé !

Cette confusion volontaire entre la dépense et la création de richesse avait encore une origine compréhensible tant que la monnaie était liée à une richesse antérieurement reconnue comme l’or, le sel ou le blé. Si l’on dépensait une richesse reconnue, c’est vraiment que l’on considérait cette dépense comme utile et que ce qui était acheté était aussi une richesse. Mais tout a explosé avec le bouleversement des monnaies depuis 1944, année des accords de Bretton Woods qui liaient les monnaies au dollar, lui-même lié à l’or par 35 dollars pour une once d’or et qui créaient le FMI, toujours dirigé par un européen devant vérifier qu’aucun dollar américain n’était créé sans sa garantie en or.

Dès leur signature et sous le regard absent du FMI, les accords ont été violés par les USA qui fabriquèrent 5 fois plus de dollars qu’ils n’avaient d’or pour payer le plan Marshall, les guerres de Corée et du Vietnam et la conquête spatiale. Le monde entier rapportant cette fausse monnaie pour repartir avec de l’or, Nixon a été contraint de réagir comme chaque fois qu’un gouvernant doit officialiser sa fabrication passée de fausse monnaie. Habituellement on dévaluait la monnaie. Il est même arrivé qu’en courte période de guerre, on fabrique de l’argent sans se soucier de son lien avec une richesse reconnue mais cela était ensuite toujours régularisé par une dévaluation comme Roosevelt l’a fait après la grande guerre et la crise de 29 en dévaluant de 20 dollars l’once d’or à 35. Ce que personne n’avait encore jamais tenté et que Nixon a osé, c’est de déconnecter définitivement les monnaies de toute richesse réelle, faisant sauter leur limite quantitative et ouvrant une voie royale à tous les fantasmes et à toutes les corruptions.

La technique de création illimitée de la monnaie doit être comprise et n’est possible qu’avec une monnaie « flottante », déliée de toute richesse reconnue. Elle est confiée aux banques commerciales qui, par la double écriture, créent pour le même client un compte au passif ou le client est créancier d’une somme et un compte à l’actif où le client est débiteur de la même somme. Le client utilisant son nouvel argent par chèque ou virement, c’est la banque de celui qui a été payé qui devient créancière de la première banque. Mais comme cette autre banque fait la même chose avec ses clients comme toutes les banques commerciales, elles annulent entre elles, en chambre de compensation, leurs dettes par leurs créances. De la fausse monnaie, légale grâce à Nixon, a été créée sans aucun apport et uniquement par la création de créances de plusieurs banques sur  leurs propres clients. C’est ainsi que la dette mondiale atteint déjà 250.000 milliards de dollars qui n’ont jamais été gagnés pour la quasi-totalité.

Ce système peu compris qui permet tous les « quoi qu’il en coûte », toutes les corruptions et tous les fantasmes puisqu’il apporte une énergie illimitée à un système qui n’a plus besoin d’être cohérent, n’est plus défendu que par l’Occident dont les élites ne voient plus comme sortie que la fuite en avant dans des idéologies que leurs médias diffusent dans une population qui aimerait être beaucoup plus concrète mais que les élites achètent avec cette manne inespérée pour rendre complices par les élections, des peuples qui sont en fait des victimes consentantes car c’est si agréable de vivre sur le futur. Les seuls résistants sont ceux qui produisent ou sont au service de la production et que l’on ne paye plus correctement pour acheter le calme et la soumission d’une majorité improductive et voulant toujours consommer davantage grâce au « progrès », à la « croissance » et à la « démocratie ». On afflue du monde entier pour vivre cette incohérence.

On détourne l’attention des peuples sur de faux problèmes idéologiques sanitaires, climatiques ou sécuritaires pour éviter les seuls vrais de dénatalité, d’improductivité et de perte de conscience. Ce détournement d’attention par les élites se combine avec leur lutte pour un mondialisme incohérent ne parlant qu’anglais, ce qui explique cet encerclement progressif de la Russie par l’OTAN en dépit des engagements pris, pour lui faire accepter tous nos fantasmes actuels. Avec les BRICS de plus en plus nombreux, la Russie refuse tous nos fantasmes transgenre, mère porteuse, lgbt…, etc qui n’existent tous que par la fausse monnaie légale. Elle est donc le mal et défendre les russophones contre les ukrainophones mondialistes qui les attaquent depuis le coup d’état du Maïdan en 2014, guerre qui a fait 16.000 morts de 2014 à février 2022, devient une agression inacceptable si l’on est un bon mondialiste.

Ce qui panique nos élites et les rend amusantes dans leur agitation incohérente actuelle façon Tartarin, c’est que le peuple américain vient de changer de camp en élisant ce personnage curieux de Trump. La Charte de La Havane avec ses droits de douane est de retour. On va se réintéresser à la production, à l’emploi utile et à l’abandon de la myriade d’emplois inutiles et de personnes inemployées payées par la fausse monnaie légale qui fait monter les prix. Il va simplement falloir changer d’élites ou que les élites changent.

Les deux mondes de l’argent, si différents et si enchevêtrés


Les peuples savent que l’argent ne pousse pas dans les champs et qu’il faut le gagner pour en vivre mais ils ne sont pas conscients que la façon laborieuse et donc limitée d’avoir de l’argent, qui est la leur, n’est pas la seule et que, pour certains, le même argent peut s’obtenir autrement et de façon en fait illimitée. Les 250.000 milliards de dollars de la dette mondiale n’ont étés quasiment tous gagnés par personne et ont pourtant été utilisés comme s’ils avaient été gagnés.

Depuis le 15 août 1971, depuis que les monnaies ne sont officiellement plus liées à une richesse reconnue et sont donc « flottantes », les banques commerciales créent un argent qui n’est plus garanti par l’énergie humaine qu’il avait fallu dépenser précédemment pour créer la richesse reconnue, mais par celle qu’il faudra dépenser demain pour rembourser. L’énergie du lendemain étant par définition illimitée puisque ne dépendant que de l’idéologie qui anime la banque, le monde se divise entre les peuples qui vivent la limitation de l’argent et les puissants qui savent que pour eux, il ne l’est pas si leur banque leur fait confiance. La confiance est devenue le maître mot utilisé pour expliquer aujourd’hui la force de la monnaie. La difficulté c’est que la confiance n’est pas une énergie mais une croyance qui nous ramène aux idéologies qui ont toutes remplacé le bon sens. Les idéologies ont réponse à tout, elles ont phagocyté le débat politique et en ont éliminé petit à petit toute parcelle de sérieux et de concret. Le personnel politique est de plus en plus médiocre puisque personne n’a évidemment de vue globale puisqu’ils la sous-traitent tous à une idéologie que personne n’est capable de résumer simplement puisqu’aucune n’est cohérente. Libéralisme, socialisme, wokisme, écologisme, capitalisme, créolisme sont, avec toutes les autres idéologies, de belles avenues sans fin qui ne mènent nulle part mais il est devenu insensé de ne pas en encenser au moins une, en lui faisant confiance.

C’est tellement gros que de braves gens n’arrivent même pas à comprendre qu’une banque commerciale puisse créer actuellement par l’oxymore d’une simple double écriture, un argent sans valeur appelé monnaie scripturale. Elle le prête avec intérêts, il est utilisé comme s’il avait de la valeur auprès de gens qui le croient de valeur, et la banque le détruit dès qu’elle le récupère, ne gardant que les intérêts qui eux ne seront jamais détruits puisqu’ils viennent du travail de l’emprunteur et ont donc une vraie valeur.

Il y a bien une limite théorique que, pour l’Europe, les accords successifs de Bâle, un deux trois quatre, ont bien fait semblant d’imposer mais la montée sans fin de la dette mondiale démontre que les banques créent en permanence beaucoup plus d’argent qu’elles n’en détruisent. Le bon sens voudrait qu’avant d’être remboursé, tous les prêteurs démontrent que l’argent qu’ils ont prêté a bien été gagné et non créé uniquement pour être prêté puis détruit après remboursement. Si un prêteur ne le démontre pas, ne serait-il pas normal que cet argent soit remboursé à la collectivité qui serait très capable de le détruire elle-même. Blackrock par exemple, prête-t-il de l’argent gagné qui lui a été confié ou de l’argent créé par l’une de ses filiales bancaires ? Dans un cas il est évidemment normal qu’il le récupère. Dans l’autre, qui doit détruire cet argent qui doit de toute façon l’être ?

Ces deux argents si différents bien que totalement amalgamés, créent deux mondes qui ne sont conciliables que dans le mensonge du faire-croire. Pour ne prendre que la France, il n’a fallu que 3 ans après que les monnaies aient été déliées de l’or, pour que les « gens d’en haut » se votent dès 1974 des budgets définitivement déficitaires, « équilibrés » par des emprunts répétés de façon permanente de fausse monnaie légale. Un Macron peut « débloquer » quand ça lui chante, des milliards pour ceci, des milliards pour cela, des milliards pour confiner, des milliards pour l’Ukraine, des milliards pour développer l’Algérie, la Chine ou les Comores. On a même réussi à faire croire au peuple que ce n’était pas un problème puisque les richesses que nous sommes supposés créer, résoudraient toujours le problème. On aurait un PIB qui chiffrerait cette création de richesse, salvatrice nous dit-on. Sauf que l’INSEE a enfin reconnu depuis 2021 que le PIB se chiffre par la somme des dépenses et qu’il suffit de dépenser de la fausse monnaie légale créée par les banques pour faire du PIB et se croire toujours plus riche. Dépenser ce qui s’accumule dans la dette mondiale permet non seulement d’acheter l’intellect et la morale d’un peuple mais de lui faire croire qu’il s’enrichit en ne prenant conscience de rien et en votant comme on le lui conseille.

La seule question est de savoir combien de temps ce système peut tenir. Certains croient qu’il peut tenir indéfiniment. Ils se trompent car il n’y a pas une seule monnaie papier qui n’ait pas disparu suite à la multiplication de son impression par les politiciens. Ce n’est pas parce que 85% de la monnaie n’est plus imprimée mais juste tapée sur un clavier, que sa multiplication sans fin n’a pas le même effet qui est d’en diminuer continuellement la valeur avec un simple décalage qui permet aux politiciens de se présenter comme efficaces. Le peuple croit que les prix montent alors que c’est la valeur de la monnaie qui baisse quand la rémunération de son travail n’augmente pas du tout au même rythme. Il est intéressant de noter que dans les années 70, on enseignait à HEC que l’inflation était l’inflation de la quantité de monnaie qui enflait. Elle est devenue aujourd’hui la hausse des prix qui n’en est que la conséquence. Le monde de l’argent facile, celui d’une van der Leyen ou d’un Macron, celui qui fait créer sans arrêt de la fausse monnaie légale pour la distribuer à tout va pour se sentir puissant, ce monde est le vrai responsable du désastre qui s’annonce et que Trump et Vance viennent de déclencher en se désolidarisant de ce monde factice. Mais, en ayant changé le sens du mot inflation, le monde de l’argent facile peut tenter de faire croire à la responsabilité de l’économie.

Ce que Trump et Vance ont compris quand Macron et van der Leyen continue obstinément à refuser de comprendre, c’est qu’un pays doit d’abord produire ce qu’il veut consommer et que le commerce extérieur ne peut être une solution pour un pays qui veut consommer sans produire, ce qui est notre cas. L’Europe ne produit pas du tout ce qu’elle consomme, ne s’occupe pas de son avenir en ne faisant plus d’enfants, confie ses rênes à une Union Européenne dont il est très difficile de savoir ce qui prime, entre incompétence et malhonnêteté, aussi bien chez ses députés, sa commission et ses fonctionnaires. L’Europe a une idéologie mondialiste incohérente qui veut faire payer les autres et, en fin de compte, nous fait payer pour les autres. Elle ne tient, dans une indifférence générale, que par la corne d’abondance imaginaire de  la fausse monnaie légale à laquelle elle a accès depuis 1971, et par la distraction des peuples vers les faux problèmes patiemment fabriqués, sanitaire ou climatique. Le problème sécuritaire se divise lui entre une insécurité guerrière inexistante et totalement fabriquée, et une insécurité interne à la nation malheureusement réelle qui vient de la violence que génère toujours une incohérence qui se prétend cohérente.

C’est en faisant de ses victimes ses complices que le monde de l’argent facile a pu conserver le pouvoir en se faisant élire et réélire par la possession des médias. Nous assistons même aujourd’hui à la tentative de museler les réseaux sociaux que l’argent facile n’arrive pas à acheter.

Le monde de l’argent facile s’écroule sous nos yeux. Les semaines et les mois à venir vont être passionnants car c’est dans la tête des peuples que tout va se jouer. Vont-ils continuer à croire qu’il est possible de perdre son temps à l’université jusqu’à 25 ans, d’arrêter de travailler à 62 ans avec une espérance de vie de plus de 80 ans ? Vont-ils continuer à croire qu’il est possible pendant les 37 ans d’activité de ne pas faire d’enfants, de se contenter des services à la personne et des éternelles discutailleries sur comment sortir de ce qui n’est toujours qu’une prétendue « crise », tout en vivant ses vacances, ses week-ends, ses RTT et autres arrêts-maladie ? Vont-ils continuer à refuser de voir que seule la fausse monnaie légale leur permet provisoirement de croire que le monde entier peut produire ce qu’ils consomment ? Vont-ils enfin comprendre que tous les partis politiques sans aucune exception courent après leurs voix sans faire la moindre analyse rationnelle de la situation ?

L’avenir va nous répondre. La nouveauté c’est que cela va se faire maintenant très vite.

Dans quelle cohérence allons-nous vivre ?


Aucune incohérence ne peut être durable et il est triste de voir nos élites tenter désespérément de justifier et de soigner l’incohérence née de l’abolition de la limite de la monnaie depuis qu’elle a été déconnectée en 1971 de toute richesse reconnue. Tous les problèmes semblent pouvoir être résolus par l’argent rendu disponible par la création de monnaie par les banques commerciales et la montée sans fin de la dette mondiale frôlant déjà maintenant les 250.000 milliards de dollars pour 8 milliards d’humains. Nos élites nous veulent et nous croient riches et fabriquant de la richesse. S’ils se croient de droite, ils vont défendre la conservation de la nouvelle richesse par ceux qui l’ont produite. S’ils se croient de gauche, ils mettront l’accent sur une meilleure répartition des nouvelles richesses. Croire que dépenser crée de la richesse, vouloir un commerce extérieur excédentaire grâce à une pseudo compétitivité pour faire payer les étrangers et récolter un commerce extérieur déficitaire qui nous fait payer pour les autres, distribuer un argent sans valeur pour acheter les votes d’un peuple qui croit encore à la valeur de sa monnaie, créer de faux problèmes pour ne surtout pas voir les vrais et y focaliser la jeunesse, voilà les bases de notre incohérence actuelle. L’aveuglement affligeant d’un Macron, d’une von der Leyen ou d’un Thierry Breton, comme celui de la totalité des forces politiques et syndicales qui devraient toutes s’appeler faiblesses, cet aveuglement fait peur car il est contagieux via les médias et l’éducation nationale, ce qui permet à l’islam, seul cohérence actuelle en occident, de s’avancer à son rythme vers le pouvoir alors que sa cohérence n’est pas du tout la nôtre.

Sans préjuger de ce que pourrait être notre cohérence future, il est au moins utile de comprendre la cohérence de l’occident jusqu’en 1971 quand l’argent était limité. Comme dans toutes les civilisations l’harmonie était d’abord interne et le rapport à l’extérieur de la nation n’était qu’anecdotique et généralement réduit à ce que rapportaient de rares voyageurs. Il fallait produire ce que nous consommions et faire des enfants pour produire davantage et consommer davantage, ce qui s’appelait la prospérité. Comme personne ne croyait à une corne d’abondance qui distribuerait un argent sans valeur mais considéré comme en ayant, l’égalité des citoyens se faisait d’abord par ce que l’on appelait le devoir d’état, ensuite par l’harmonie personnelle de chacun.

Le devoir d’état était le premier devoir qu’instituait son état d’homme ou de femme qui était alors évidemment clairement différencié. La femme s’occupait du futur en faisant des enfants et en en faisant des adultes utiles à la société grâce à la réalité concrète des problèmes et des solutions que toute vie familiale génère. L’homme s’occupait du présent et rapportait l’argent nécessaire au logement et à tout l’entretien de la famille. Les femmes étaient « sans profession », supin de pro fateor, ce qui veut dire « pour être reconnu ». Les femmes n’avaient pas besoin d’être reconnues puisqu’elles étaient toutes mères de famille. Une mère de famille pouvait dire ce qui scandaliserait aujourd’hui : « une femme sans enfants, c’est comme un sac vide ».  Il y avait entre les hommes et les femmes une égalité parfaite dans l’interdépendance, ce qu’en économie David Ricardo a appelé l’avantage comparatif. La famille était la cellule de base de la société et les célibataires l’exception. Chacun faisait ce qu’il faisait le mieux ou le moins mal dans la production d’enfants, de biens et de services. C’était le devoir d’état. Et l’économie était fondée sur l’échange de productions, chacun étant à la fois consommateur et producteur ou au service de la production. L’argent n’était qu’un intermédiaire dans ces échanges. L’économie qui est toujours une spirale, était une spirale positive dans des nations souveraines dans lesquelles la prospérité était fondée sur des échanges de productions par l’intermédiaire d’un argent limité et sur une confiance dans le futur par une préparation concrète de la relève.

Parallèlement l’harmonie personnelle indispensable était apportée par l’estime de soi fondée sur les deux pieds que sont le devoir d’état et l’appartenance à la cité, à la société, à la nation, et pas au monde ni au continent. Cette appartenance s’exprimait dans les syndicats, les partis politiques, les églises, les entreprises, le bénévolat. Partout l’expérience complémentaire des hommes et des femmes enrichissait et construisait la nation. Dans les entreprises les hommes remplissaient leur devoir d’état et certaines femmes y trouvaient leur harmonie. Elles rentraient à la maison quand leur devoir d’état les y appelait quand d’autres femmes trouvaient leur harmonie dans le bénévolat ou un hobby que l’on appelait violon d’Ingres. Il y avait évidemment des problèmes mais chacun savait les efforts à faire pour les résoudre.

Et puis 1971 a cru créer la corne d’abondance mythique de la création de richesse par la dépense, fausse création chiffrée par le PIB et rendue possible par la dette qui donne les liquidités qui permettent les valeurs ajoutées des entreprises et l’impression d’une création de richesse. Les héritiers de Vatican II et de mai 68 ont dit que c’était très bien. Les banques et les entreprises en ont profité, les unes pour vivre en créant de l’argent et en le prêtant avec intérêts avant de le détruire dès récupération, les autres en payant de moins en moins le travail au nom d’une sacro-sainte compétitivité qui a oublié son sens de pétition commune, qui encourage l’immigration et qui fait abandonner le vrai prix des productions en les vendant en fait à perte pour survivre. Nous sommes  rentrés dans un monde aberrant où il est de plus en plus difficile de gagner de l’argent par son travail et de plus en plus facile d’en utiliser par ceux qui ont accès à l’emprunt. Nous sommes passés d’un monde où l’argent limité n’était que l’intermédiaire pour échanger deux productions, à un monde où  un argent illimité remplace une des deux productions échangées en faisant croire à la richesse de l’autre pendant que la création de celle remplacée par l’argent, est laissée au futur grâce à la montée permanente d’une dette d’un argent sans valeur qui sera détruit dès remboursement, sans que personne ne sache comment globalement rembourser. Il n’y a pas un secteur de la vie qui ne soit pas bousculé par cette aberration. Tous n’en sont pas encore devenus eux-mêmes aberrants mais tous en sont atteints.

C’est cette transition suicidaire dont il faut d’abord être conscient, avant de savoir comment réagir. Elle s’est faite sur à peine quelques décennies. Il faut observer que l’or est la seule richesse reconnue universellement et que  sa capacité à être échangée avec une autre richesse est constante. La montée de la valeur de l’or ne vient que de la baisse de la valeur des monnaies. L’injection par les banques de fausse monnaie légale fait monter vertigineusement l’or et fait baisser tout aussi vertigineusement la valeur réelle des monnaies.

La baisse de la valeur des monnaies a entraîné à la fois une baisse de la valorisation du travail et la hausse des prix. Au lieu de réagir sur ces deux points, la classe politico-médiatico-universitaire a très étonnamment décidé de valoriser l’absence de travail par aides et subventions avec un argent sans valeur qui complique encore le problème. Parallèlement nos dirigeants ont voulu lutter contre la hausse des prix par le libre échange qui dévalorise encore davantage le travail et lance une spirale négative encore accélérée par la volonté de garder le pouvoir en flattant les consommateurs et non les producteurs de moins en moins nombreux.

L’argent illimité nous a fait abandonner simultanément le devoir d’état et l’harmonie individuelle.

L’harmonie individuelle n’a plus été fondée sur un effort utile à la société mais recherchée uniquement sans aucune chance de succès dans un effort pour soi comme le jogging ou le trail venus tous deux du monde anglo-saxon, et sur l’argent dépensé à s’évader en psy, en antidépresseurs et en drogues plus ou moins douces.

Mais le plus grave a bien évidemment été l’abandon et même l’oubli du devoir d’état par les deux stupidités du libre-échange et d’un intérêt purement théorique pour le pouvoir d’achat des Français, fondées toutes les deux sur l’idée farfelue de consommer sans produire en faisant payer les autres pays.

Les hommes n’ont plus pu loger et entretenir leurs familles, forçant les femmes à aller chercher de l’argent en abandonnant leur devoir d’état, encouragées pour cela par la classe dirigeante qui a ridiculisé la mère de famille et inventé une nouvelle stupidité, celle de la parité dans le devoir d’état masculin avec abandon du devoir d’état féminin.

L’État dans toutes ses composantes est complètement pourri par l’idée de ne pas perdre le pouvoir et par celle que l’argent peut tout même s’il est sans valeur. C’est le « quoiqu’il en coûte » tellement à la mode. Ne pouvant plus en fabriquer lui-même de sa propre décision, il lève un impôt incohérent faisant payer tout mouvement de son peuple y compris même ceux de produire par les impôts sur la production, de travailler par les charges sociales exorbitantes et de mourir par les droits de succession. Comme l’argent qu’il prend à son peuple vient généralement de son travail, il est limité et, tout en tentant toujours d’augmenter les impôts, il est obligé d’alimenter la spirale négative en empruntant de plus en plus un argent sans valeur qui fait évidemment monter les prix et baisser la valeur du travail, ce qui nous désagrège.

Schopenhauer a écrit : « Toute vérité passe par trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence depuis le début ». Ce qui est dit ici est de moins en moins ridiculisé et de plus en plus attaqué. Rien n’est donc perdu si Schopenhauer avait raison.

Vœux 2025


Pour cette année de dégringolade générale annoncée, je fais le vœu que nos compatriotes acceptent enfin de comprendre que cette dégringolade continuera tant qu’ils ne réaliseront pas que nous utilisons deux monnaies mélangées, confondues et indiscernables, l’une qui vaut quelque chose, et l’autre qui ne vaut rien et qui a pourtant apparemment le même pouvoir. Aucun problème ne peut être sérieusement abordé tant qu’ils sont tous masqués par ce gloubi-boulga incohérent, mortifère et pourtant officiel même si de moins en moins dissimulable. Que ces vœux soient une proposition de réfléchir ensemble !

Avant 1971, quand la monnaie était une richesse en soi comme l’or ou adossée à une vraie richesse comme les monnaies liées au dollar par les accords de Bretton Woods, dollar qui s’échangeait dans les années 50 et 60 contre un trente-cinquième d’once d’or, la monnaie avait une vraie valeur : celle du double travail qu’il avait fallu faire pour l’obtenir. Un premier travail pour créer cette monnaie (l’or n’est jamais tombé du ciel) et l’échanger par l’impôt avec l’État contre sa protection, et un second travail pour obtenir à nouveau cette monnaie et en avoir la disposition. On emprisonnait les faux-monnayeurs quand on ne les ébouillantait plus car ils volaient ce double travail en faisant croire que leur monnaie avait la même valeur. Depuis 1971 et la déconnection des monnaies de toute richesse réelle pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, c’est la valeur de la monnaie qui est devenue en 50 ans un problème majeur soigneusement dissimulé. Dans la vie de tous les jours une monnaie a sa valeur nominale, mais d’après la Banque de France, 85% de la monnaie en circulation est une monnaie scripturale créée ex nihilo par les banques commerciales par une double écriture créance et dette, et détruite dès récupération après avoir été prêtée avec intérêt. Qui peut croire sérieusement que les banques détruiraient cette monnaie si elle avait la moindre valeur ?

Aujourd’hui le lien entre le travail et l’argent s’est distendu et on ne reproche plus aux faux-monnayeurs que de fabriquer de la fausse monnaie pour eux alors que les banques commerciales font la même chose mais pour leurs clients, en en étant en plus rémunérées par les intérêts. Sur les 244.000 milliards de dollars de dette mondiale, le secret est admirablement gardé sur le pourcentage d’argent prêté après avoir été gagné et qui doit bien évidemment être remboursé et celui d’argent qui n’a été créé que pour être prêté, faire des intérêts et être récupéré pour être détruit. Les pourcentages de la Banque de France en donne une idée probablement très optimiste.

Il y a deux sortes de croissance économique suivant les monnaies utilisées. La bonne croissance, c’est quand on produit beaucoup d’enfants et de biens et de services. On garde ses enfants et on échange sa production, la plupart du temps par l’intermédiaire de l’argent. Si la production augmente de tous les côtés, les échanges permettent une augmentation de la consommation, voire même de l’épargne, et font une prospérité et une véritable création nationale de richesse aux yeux de la nation. C’est ce que l’humanité connaissait jusqu’en 1971. Et puis il y a la mauvaise croissance, celle dont nous sommes malheureusement aujourd’hui si demandeurs car elle permet la même augmentation de la consommation avec moins de travail. La mauvaise croissance n’est fondée que sur une seule production. Elle part de l’observation que l’échange se faisant la plupart du temps par l’intermédiaire de l’argent, il suffit de fabriquer de la monnaie pour donner l’impression d’un échange entre deux valeurs égales. Depuis 1971, depuis que les monnaies ne sont plus limitées en quantité par des richesses réelles, les banques, en « accordant » des crédits à ceux qu’elles choisissent, créent cette monnaie sans valeur qui trompe les producteurs qui sont restés au temps où toute la monnaie avait de la valeur. Aujourd’hui où seulement 15% de notre monnaie est gagnée, les 85% autres n’ont une valeur que spéculative comme les cryptomonnaies et les bulbes de tulipes au XVIIe siècle (1634-1637). Toute personne réfléchie en connaît l’issue inéluctable.

Mais comme rien ne se perd, rien ne se crée et que tout se transforme, l’avenir ne peut être qu’une récupération de tout ce qui a été acheté avec cette monnaie sans valeur ou la réussite de faire payer les autres, les autres chez nous et les autres ailleurs par le commerce extérieur.

Faire payer les autres chez nous, c’est ce que fait le monde politique qui ne comprend rien à l’argent et qui n’arrête pas de redistribuer ce qu’il essaie de reprendre pour ce qu’il appelle le bien. Je fais le vœu sans y croire que le nouveau gouvernement fera enfin le choix de faire les économies faciles de supprimer le nombre incroyable d’autorités faussement indépendantes et d’associations subventionnées qui servent surtout à recaser les amis battus aux élections ou à les remercier, eux et d’autres, pour d’obscures raisons.

Faire payer les autres ailleurs c’est un commerce extérieur excédentaire que tentent de réaliser les entreprises  avec un certain succès autour des années 2000 et avec un échec constant depuis comme le montre ce diagramme en milliards d’euros :

Avant 1971 notre commerce extérieur était équilibré puis il a un peu bégayé avant de faire payer les autres pendant 14 ans puis de payer pour eux depuis presque 20 ans avec constance et sans réaction depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron.

Je fais le vœu que les Français comprennent que chacun doit être productif ou au service de la production pour que les échanges puissent permettre de consommer une vraie augmentation de la richesse nationale. Sans cela nous resterons dans la position intenable et explosive de l’INSEE qui affirme à la fois que le PIB chiffre la création de richesse et qu’il se calcule par la somme de toutes les dépenses.

Nous sommes dans une impasse en forme de gant

De tous temps et en tous lieux les hommes ont produit, échangé et consommé. Plus ils ont été capables de produire et d’échanger, plus ils ont pu consommer, se sentir utiles, se voir même comme riches et appartenant à la communauté dans laquelle ils échangeaient. Ils faisaient des enfants à qui ils apprenaient à bien produire, à bien échanger et à consommer avec mesure. La religion du lieu donnait un sens à tout cela et rappelait sans cesse que l’être était plus important que l’avoir. Les naissances étant plus nombreuses que les décès, les communautés croissaient, s’organisaient au point de devenir civilisations qui un jour disparaissaient sans que l’on sache trop pourquoi.

Nous vivons  depuis un demi-siècle l’effondrement de notre civilisation sans savoir si toutes les autres ont disparu pour les mêmes raisons et de la même façon. En ce qui nous concerne, ce sont les idéologies qui détruisent  la nôtre en étant toutes incohérentes, tout en soulignant avec intelligence l’incohérence des autres sans jamais voir la leur.

L’Académie française définit l’idéologie comme un « Système d’idées, corps de doctrine sur lequel se fonde une action politique » et il n’est pas simple de définir un système d’idées ou un corps de doctrine. Il est pourtant possible de voir les choix fondamentaux qui les soutiennent. Toutes remettent en cause l’équilibre harmonieux de la production, de l’échange et de la consommation, limité au cadre de leur civilisation. Certains rêvent de construire un équilibre tout aussi harmonieux mais au niveau mondial en voulant faire partager à tous les autres, par des moyens divers, leur notion personnelle de l’harmonie. C’est le cas des mondialistes occidentaux, de l’islam et du catholicisme (καθολικός = universel). D’autres pensent qu’il est possible, sans déposséder qui que ce soit, de rajouter posséder à la triade produire échanger consommer. Ils sont plus que majoritaires chez nous actuellement, font passer l’avoir avant l’être et n’ont donc plus besoin de la dynamique d’une religion puisque le but n’est plus que de transmettre davantage de biens à ses enfants qu’on n’en a reçu de ses parents tout en travaillant le moins possible. Les idéologies sont là pour faire croire que tout cela est possible alors que cela n’a pas été fait pendant des millénaires. Ces rêves ne sont pourtant pas nouveaux et les guerres  qui veulent imposer aux autres notre vision du bien ne sont pas nouvelles. Aimer posséder n’est pas non plus nouveau, Thomas d’Aquin rappelait déjà au XIIIe siècle que l’envie et l’avarice était des péchés capitaux. Rien n’est nouveau mais la rareté de l’argent ne permettait pas de faire la guerre autant que voulu et d’acheter tout ce qui faisait envie. La rareté de l’argent a freiné pendant des siècles l’expansion guerrière islamique comme l’embourgeoisement occidental tellement désiré.

L’argent en effet a d’abord été une richesse en soi comme l’or, l’argent, le cuivre, le sel ou le blé. Ces monnaies, richesses reconnues par le travail qu’il avait fallu faire pour les obtenir, étaient échangées par l’impôt avec la protection que le pouvoir devait au peuple, et à nouveau échangées contre du travail productif. C’est ce double travail qui donnait sa force à la monnaie pendant ses premiers millénaires. Tous les pouvoirs ont toujours été tentés de rogner discrètement à leur profit, la force de la monnaie, de la discrète diminution de la quantité d’or dans les pièces jusqu’aux dévaluations officielles du XXe siècle, mais le lien avec une richesse reconnue les empêchait de partir dans les hautes sphères  des diverses idéologies principalement anglo-saxonnes qui restaient dans les livres, d’Utopia de Thomas More au Capital de Marx en passant, parmi de multiples autres, par Recherches sur les causes et la nature de la richesse des nations d’Adam Smith et par Des principes de l’économie politique et de l’impôt de David Ricardo. Une première tentative de faire sauter le verrou qui leur est si pénible de l’argent limité, a été faite par les monnaies-papiers à la fin du Xe siècle en Chine puis au XVIIIe siècle en Occident avec les billets de Law, le rouble papier, le dollar continental ou les assignats. Tous étaient toujours liés à une richesse reconnue mais tous les pouvoirs en ont toujours et partout fabriqué beaucoup plus qu’il n’y avait de richesses réelles en garantie, ce qui les a toutes fait disparaître en ruinant au passage leurs derniers détenteurs comme le fera la disparition des cryptomonnaies.

Mais les pouvoirs ne manquent jamais d’idées pour augmenter leur pouvoir au détriment de leurs peuples. Arriver à déconnecter discrètement les monnaies de toute richesse reconnue tout en laissant les peuples continuer à croire à leur force, permettrait d’en fabriquer autant qu’ils en voudraient et leur permettrait de se sentir aussi puissants que des dieux. Ce fut fait en deux temps. D’abord en liant en 1944 les monnaies au dollar, lui-même lié à l’or, et ensuite en déliant en 1971 le dollar de l’or. Le dollar et toutes les monnaies qui lui étaient liées, n’ont pas été dévalués, ils ont été libérés, par la décision d’un seul homme, de cette entrave si pénible aux pouvoirs du lien de l’argent avec une richesse reconnue. La conséquence ne s’est pas fait attendre et les banques ont immédiatement créé de la monnaie garantie non plus par une richesse concrète existante mais par une richesse à trouver demain. Nous connaissons grâce au FMI le chiffrage fin 2024 de cette richesse à trouver demain puisqu’elle correspond à de l’argent déjà dépensé et qui n’a été créé que pour être prêté, récupéré avec intérêts et détruit. C’est la dette mondiale de 244.000 milliards de dollars répartis en 100.000 milliards de dollars de dettes publiques et 144.000 milliards de dollars de dettes privées. Belle réussite en un demi-siècle !

Mais c’est loin d’être tout et une civilisation ne peut s’écrouler  par les conséquences d’un seul acte, fut-il bien accueilli en dépit de son aberration. Les idéologies ont apporté les compléments indispensables à l’inéluctabilité de l’effondrement. Elles ont toutes ensemble à la fois inventé la stupidité très agréable de la création de richesse qui allait  tout éponger, et fait des peuples victimes, ses complices en leur faisant croire que c’était le progrès et en vantant la démocratie qui fait donner le pouvoir par des peuples perdus et flattés, à une classe politique de plus en plus médiocre qui a autant d’argent qu’elle veut pour continuer à les flatter et à se croire intelligente. Les peuples sont tout à la fois crédules et incrédules. Crédules parce que la vie incohérente est très agréable et que les médias comme les politiques les flattent sans arrêt en habillant le désastre du mot passe-partout et presque banal de simple crise. Incrédules parce qu’ils savent tous au fond d’eux-mêmes que c’est incohérent, qu’il ne peut pas être durable de s’agglutiner dans les villes en ne produisant rien et en voulant qu’un argent magique achète au loin l’indispensable. Ils ne font plus d’enfants à force de ne plus croire à l’avenir. Ils savent qu’il faut produire pour échanger et consommer. Ils attendent la chiquenaude qui abattra un système qui ne tient plus que par sa complexité et par la ribambelle d’inutiles qui se font payer par idéologie à le rendre toujours plus complexe par une accumulation sans fin d’obligations, de normes et d’interdictions pour imposer des idéologies.

Nous sommes dans une impasse qui ressemble à un gant où les multiples idéologies sont de multiples doigts qui sont tous des impasses ne voyant que les impasses des autres qu’ils expliquent tous très bien. Chaque idéologie se définit comme la solution et la seule sortie du tunnel, elle appelle cela la droite ou la gauche suivant l’histoire de ses adeptes. Elle est le bien quand les autres sont le mal mais toutes n’existent que par la création de richesse chiffrée par la dépense et par une monnaie déliée de toute richesse réelle que l’on peut dépenser à l’envi pour être riche. C’est le gant entier qui est une impasse au niveau du poignet et les idéologies qui se battent au niveau des doigts ne sont que les malheureux enchainés de l’allégorie de la caverne de Platon qui perdent leur temps à s’entredéchirer sur les ombres inintéressantes qu’on leur projette.

Sortir de l’impasse, c’est retrouver l’équilibre entre réfléchir, agir et échanger en ne laissant plus le pouvoir à des gens qui ne savent que communiquer. C’est respecter et donner force et argent à ceux qui produisent et à ceux qui servent ceux qui produisent. C’est retrouver les vrais prix en limitant nos importations par des droits de douane, qualitativement à ce que nous ne savons pas faire nous-mêmes et quantitativement à ce que les autres désirent que nous exportions. C’est faire tomber de leurs piédestaux les majoritaires actuels qui ne font que communiquer comme les artistes, les politiques, les médias et ceux qui ne sont au service que des services.

La France avec toute son histoire complexe et contradictoire est sans doute le pays où il sera le moins difficile de réagir à l’observation si exacte de Boualem Sansal : « La France est en train de se laisser détruire », et de commencer à envisager sérieusement de revenir à une monnaie limitée à ce que nous avons réellement produit, ce qui nous mettra enfin en face de nous-mêmes et devant des choix difficiles que nos politiciens devront trancher en se mettant enfin au travail.

Platon nous avait pourtant alertés avec son allégorie de la caverne


Il est troublant de vivre aujourd’hui ce que Platon a décrit il y a 2400 ans dans son allégorie de la caverne. Nous nous querellons, nous nous agitons, nous dépensons un temps précieux pour savoir comment bien réagir à ce que nous percevons de la situation difficile actuelle. Nous cherchons à résoudre des problèmes inexistants tout en refusant de voir ceux qui nous accablent vraiment. C’est ce que Platon explique par l’allégorie de la caverne.

Un dessin trouvé sur internet et discrètement signé IG détaille fort bien l’allégorie de la caverne.

Des hommes enchaînés aux jambes et au cou, croient voir la réalité alors que c’est une lumière artificielle qui leur projette ce qu’ils doivent croire. L’un d’entre eux s’échappe et a du mal à voir la réalité tellement la lumière réelle est éblouissante pour lui. Le dessin n’explique pas que dans l’allégorie il revient tenter de libérer ses codétenus qui le tuent pour ne pas remettre en question leurs certitudes.

Les trois points clés de la caverne sont la fausse lumière qui dispense une fausse vérité, les chaînes qui empêchent de regarder sous un autre angle et qui poussent à prendre pour réel ce qui n’est qu’habitude tout en rendant primordiale cette fausse vérité, et enfin l’origine de cette fausse vérité que l’on doit avaler. Toute discussion et toute réflexion fondées sur une réalité qui n’en est pas une, est pourtant sans intérêt si ce n’est dans l’esprit des détenus. Platon l’explique : « Ils se décernaient entre eux louanges et honneurs, ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l’œil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition. » N’est-ce pas là une description réaliste de notre société qui se contente de batailles idéologiques sur des sujets secondaires présentés comme importants, sans réaliser que nous avons quitté le domaine du réel ? Pour Platon son allégorie s’appliquait à la Grèce. Mais avec le formidable essor au XXe siècle de la communication qui submerge presque partout, et surtout en Occident, l’action et la réflexion, l’allégorie s’applique maintenant à quasiment l’ensemble de la Terre avec une même fausse lumière et des chaines nouvellement inventées. Le principe reste le même et vouloir libérer des chaines n’entraîne heureusement plus le meurtre mais est généralement accueilli par le mépris, la dérision ou l’insulte car la réalité est très dérangeante quand on a fondé sa vie sur une simple apparence. La réussite n’étant pas nécessaire à la persévérance,  observons la fausse réalité dans laquelle nous croyons vivre, la cause de notre incapacité à nous en rendre compte et laissons à chacun le soin de chercher qui a intérêt à tout cela.

L’essentiel est d’abord la lumière artificielle médiatico-politico-universitaire qui nous projette la fausse réalité que nous créerions chaque année de la richesse chiffrée par le PIB. Toutes les idéologies actuelles l’accueillent comme une vérité incontournable et l’intègrent dans leurs raisonnements qui deviennent évidemment stériles mais aptes à des joutes sans fin devenant de plus en plus violentes pour continuer à exister.

L’homme sait en effet produire mais c’est le regard de l’autre sur sa production qui en fait une richesse ou un déchet. Un regard ne se crée pas et ne fait que se constater. Un regard ne se chiffre pas non plus et le PIB ne chiffre absolument pas une création de richesse totalement imaginaire mais il chiffre, sans la juger, la circulation monétaire. Il additionne la consommation de drogue et l’achat d’alimentation saine, la réparation d’un accident et la vente d’un avion, la prostitution et l’augmentation des fonctionnaires  en rémunération comme en nombre. Chaque fois que l’argent circule, le PIB augmente. Où est la création de richesse ? Elle n’existe pas mais il est agréable d’y croire.

La circulation monétaire chiffrée par le PIB est un mouvement circulaire allant de la production au revenu puis à la dépense. L’Insee chiffre d’ailleurs le PIB en le mesurant soit par la production, soit par le revenu, soit par la dépense. Mais en ne retenant que le chiffrage par la production, on peut faire croire aux nigauds que cela chiffre la création de richesse.

Ce qui est intéressant et qui nous ramène à Platon, c’est que tout un tas de gens intelligents et honnêtes croient à cette création de richesse en constatant qu’à leurs yeux, nous vivons en moyenne mieux que nos grands-parents, ce qui est à l’évidence vrai. Quelles sont donc ces chaînes qui nous forcent à continuer à prendre pour réel ce qui ne l’est pas ?

Ces chaines sont les multiples dépendances auxquelles nous sommes assujettis, des antidépresseurs aux vacances et aux loisirs, en passant par le confort et la propriété. Toutes ces dépendances que nous appelons progrès et qui sont devenues des addictions, sont toutes dépendantes de la dépendance mère à l’argent dont nous avons volontairement oublié l’origine humaine de la force. Depuis le 15 août 1971, date depuis laquelle, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les monnaies ne sont plus liées à une richesse reconnue, les monnaies sont fabriquées légalement par les banques uniquement pour être prêtées puis détruites, une fois récupérées avec intérêt. Comme les banques en fabriquent légalement beaucoup plus qu’elles n’en détruisent, la dette mondiale explose et finance l’ensemble des chaînes qui nous empêchent de réaliser que notre réalité actuelle n’en est pas une et ne peut en aucun cas perdurer. Toutes les idéologies s’en désintéressent en imaginant que le PIB mondial remboursera la dette.

En octobre 2024 le FMI a estimé que la dette publique mondiale (donc sans compter les dettes privées) devrait dépasser les 100.000 milliards de dollars ou d’euros pour 7 milliards d’humains. Il s’est dit inquiet car cela fait, dit-il, 93% du PIB mondial et pourrait s’élever à 115% du PIB en 2027. Pour la France il voit une dette publique qui dépasserait 124% du PIB en 2029.

Quand on prend la peine de reconnaître que le PIB ne chiffre que la circulation monétaire et donc qu’il croît chaque fois que l’on dépense de la monnaie créée le matin même par la double écriture d’une banque, on réalise que le PIB ne rembourse pas la dette mais l’augmente. Si on prend encore la peine de reconnaître que l’énergie d’une monnaie ne vient que de l’énergie humaine, il faudrait pour rembourser la dette, non pas du PIB qui l’augmente, mais de l’énergie humaine sans contrepartie puisque déjà utilisée. Il n’y a que l’esclavage et le pillage des autres par la guerre ou la ruse qui répond à la question. Chacun peut observer que c’est ce qui est mis en place actuellement pour rester encore un moment dans notre fausse réalité. Dans la vraie réalité il ne faudra rembourser aux « marchés financiers » et aux « investisseurs » que ce qui a été gagné avant d’être prêté et rembourser à la collectivité tout ce qui n’a été créé que pour être prêté et détruit après récupération avec intérêts.

Alors que faire ?

Sûrement arrêter ce que font tous les politiciens, à savoir trouver des solutions aux faux problèmes de la fausse réalité qui nous est présentée. Ne pas chercher des solutions avant d’avoir retrouvé la vraie réalité et en avoir supporté le premier choc aveuglant. Mais une fois le premier choc passé, nous découvrirons la réalité des vrais problèmes qui engendreront une transformation profonde de nos réflexions et de nos comportements. Il faudra savoir ce que nous arrêterons de payer et les politiciens seront à nouveau nécessaires pour éclairer les choix qui seront vraiment très difficiles. Mais la fausse réalité dans laquelle nous vivons est si agréable que le système a fait de nous ses complices et que personne n’a vraiment envie de quitter ses chaînes.

Les quitter ou disparaître est pourtant la seule alternative. Souvenons-nous que Boileau a écrit il y a plus de trois siècles dans son premier chant de l’Art poétique :

Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :

Polissez-le sans cesse et le repolissez ;

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Il a tracé avec Platon notre feuille de route à moins que nous ne préférions l’esclavage et la guerre. L’avenir appartient à ceux qui ouvriront les yeux.

Il est tellement agréable de ne pas voir le problème

Ceux qui en vivent ne savent répondre, quand on leur en parle, que par l’insulte, la dérision ou la censure; jamais une seule réponse de fond. Le monde entier s’interroge sur ce qui se passe dans cet Occident qui avait depuis quelques siècles montré la voie du progrès et qui, depuis 50 ans, s’autodétruit avec une fierté incompréhensible. De plus en plus d’États se rassemblent dans les BRICS qui ne voient que de l’arrogance dans cette fierté revendiquée. Les peuples occidentaux sont écartelés entre la facilité apparente de la vie qu’apporte le refus de voir le problème, et l’évidence que rien ne tourne rond. Ils se réfugient dans les idéologies qui apportent toutes des solutions simples à un problème mal posé. Ils s’y enferment en maudissant à juste titre toutes les autres idéologies, ce qui les entraîne vers les affrontements violents voire haineux entre les certitudes variées qui encombrent la politique et les médias. Mais quel est donc ce foutu problème que personne ne veut voir ?

On ne peut même pas l’aborder directement car, comme personne ne veut le voir, le simple fait d’en parler fait tirer les rideaux. Il faut d’abord passer par la désacralisation de l’économie qui a été faussement érigée en science. Pendant que l’immense majorité des Français se sécurise en justifiant son incompréhension par un commode « je ne suis pas économiste », une toute petite minorité construit des usines à gaz teintés d’histoire et des ballons de baudruche teintés de bon sens dans l’unique but de « faire sérieux » et de rendre difficile les examens des futurs diplômés qui ne s’en serviront que pour leur première embauche. L’économie n’est pas une science, elle est comme l’indique son nom grec οἰκονομία, oikonomía, une gestion de la maison. Et tout le monde sait qu’une bonne gestion de la maison est simplement la recherche difficile et quotidienne du cumul du concret, de l’équilibre et de l’harmonie. Rien de scientifique dans tout ça et nous sommes tous, et tous les jours, des économistes.

Mais les économistes officiels ont créé des idéologies qui sont toutes de fausses harmonies scientifiquement appuyées sur de faux équilibres logiquement construits sur une seule fausse idée, identique dans toutes les idéologies et base de toutes les erreurs. Cette idée fausse ne peut pas à l’évidence être concrète mais elle plait au peuple, c’est la création de richesse avec la croissance qui est sa conséquence.

Tout vient du double sens du mot création. Il y a la création ex nihilo qui est le domaine des dieux et la création par transformation de l’existant, appelée production qui est le domaine des hommes. La production elle-même n’est pas forcément richesse et l’homme ne produit pas de richesses quand il transforme l’eau qu’il boit en sueur, en urine et en larmes.

Mais comme chacun voit bien dans sa vie personnelle qu’il se crée à lui-même des richesses en travaillant, il est très tentant de croire que nous nous créons collectivement des richesses en travaillant tous, ce qui est totalement faux. La richesse n’étant qu’un regard, si le travail personnel peut se transformer en richesse individuelle, c’est exclusivement parce que le résultat du travail personnel va être vu par quelqu’un d’autre comme une richesse et être désiré. L’autre va donc l’acheter en s’appauvrissant. Il n’y a aucune création, il y a échange de deux productions dont l’argent, fruit du travail de l’acheteur. Il y a simplement eu échange de travail, utilisation intelligente de l’énergie des deux. Il y a eu deux enrichissements personnels puisque l’échange a été volontaire et satisfaisant pour les deux mais, comme tout a été consommé ou utilisé, il n’y a eu en aucun cas création collective de richesse si ce n’est le regard que nous portons sur nous-mêmes. Rien de scientifique et rien de mathématique là-dedans, un simple échange d’énergie humaine.

L’ambiguïté sémantique entre création, production et richesse permet toutes les constructions idéologiques de la pseudoscience économique. Les deux erreurs les plus tentantes et les plus fréquentes sont de se prendre pour des dieux en prenant des transformations pour des créations ex nihilo et confondre production et richesse, la production étant une réalité concrète et stable alors que la richesse n’est qu’un regard abstrait et changeant.

Le principe théorique aberrant de l’économie est d’utiliser deux fois une seule production. Elle est d’abord acheté par le client en échange de son argent. Mais cet échange est considéré par l’économie comme contributif à la richesse nationale et comptabilisé dans le PIB  dont on utilisera des pourcentages comme si la richesse qu’il pense chiffrer et pouvoir utiliser, n’avait pas été déjà consommée ou récupérée par l’acheteur. Le vice fondamental de la science économique est de dire à la fois que le PIB chiffre la création de richesse et qu’il est la somme des dépenses. Le refus paresseux d’aller voir ce que dit l’Insee dispense de voir que l’Insee affirme à la fois que le PIB « vise à chiffrer la richesse créée » et qu’on le mesure « par la somme de toutes les dépenses finales ». Certes l’Insee le mesure aussi par les valeurs ajoutées des entreprises et par l’origine de l’argent dépensé, mais il tait que la valeur ajoutée n’existe que par la dépense des clients. Plus les Français dépensent, plus il y a de fonctionnaires, plus on les augmente, plus il y a de trafic de drogue et de prostitution, plus la France s’enrichit. Travaillez pour dépenser et consommer, et réjouissez-vous car en dépensant vous produisez de la richesse nationale. C’est tellement bête qu’on se demande comment il est possible qu’une telle absurdité perdure et soit même enseignée.

Pour le comprendre il faut non seulement comprendre qu’il n’y a pas de création de richesse mais il faut encore comprendre comment la monnaie scripturale permet  de faire croire à la création de richesse en faisant grimper la dette mondiale. Pour rappel, la monnaie scripturale est la monnaie provisoire créée ex nihilo par n’importe quelle banque pour être prêtée avec intérêt et détruite dès récupération. Et comme les banques en créent beaucoup plus qu’elles n’en détruisent, la dette mondiale flambe aussi vite que les liquidités mises à disposition des déjà riches qui nous font croire en les dépensant que nous sommes un pays riche alors que nous sommes simplement devenus un pays inactif, endetté et bêtement fier de l’être.

Et c’est là que l’on peut enfin aborder le problème que personne ne veut voir et qui permet depuis 50 ans de rendre apparemment possible ce qui ne l’est pas : c’est la dépense. Nous dépensons à tort et à travers un argent que nous fabriquons pour subventionner, pour nous donner bonne conscience avec tous les « quoiqu’il en coûte » qui évitent les choix difficiles mais totalement indispensables que nous reportons pour ne pas les affronter, et ce, avec la complicité active des politiciens et des médias qui voient toujours l’emprunt et la dépense comme les solutions des problèmes. Sacrifier l’avenir au présent est la constante de tous les politiques actuels en empêchant le peuple de comprendre ce qui se passe.

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que l’homme et la femme ont toujours et partout fondé leur égalité sur leur interdépendance, leur avantage comparatif comme le disait David Ricardo pour l’égalité des États ?

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, qu’il faut sérieusement augmenter ceux qui produisent, les agriculteurs, les mères au foyer, les ouvriers et les artisans, ainsi que ceux qui les assistent ou les préparent comme les encadrants, les médecins ou les enseignants, tout en taillant dans le vif aussi bien les parasites du haut qui ne sont que dans la communication, que les parasites du bas qui croient suffisamment à la création de richesse pour ne vouloir qu’en profiter. Ils prospèrent actuellement tous les deux, ceux du haut créant les idéologies qui permettent avec ceux du bas d’écraser ceux qui produisent encore.

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que nous vivons une incohérence générale qui se fait grignoter par un islam cohérent mais dont la cohérence n’est pas celle qui fut la nôtre ? Ne faut-il pas retrouver notre cohérence ?

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que nous devons inscrire dans la constitution l’interdiction de voter des budgets déficitaires après avoir enfin compris que le PIB ne chiffre que la somme des dépenses ?

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que nous devons retrouver l’esprit de la charte de La Havane qui a été signée unanimement en 1948 par l’ONU en y fondant l’OIC, l’office international du commerce, et qui obligeait, par les droits de douane nécessaires,  à une balance commerciale équilibrée (la balance des paiements pour être précis) ? Nous avons sombré hors ONU dans l’encombrant OMC qui dit l’exact contraire.

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que l’université n’est qu’un moment de travail intense pour le tout petit nombre qui a la capacité d’aider les autres à mieux produire ?

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que l’Union Européenne n’est qu’un condensé idéologique de tout ce qu’il ne faut pas faire et qu’attendre simplement son pourrissement inéluctable est en train de devenir suicidaire ?

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que la compétitivité n’est pas ce qu’elle est devenue, à savoir tenter de faire payer les autres, mais une concurrence, courir ensemble, une compétition, une pétition commune au dépassement de soi ?

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que la valeur de l’argent ne dépend que de la qualité de l’énergie humaine dépensée pour l’obtenir et que l’argent est par définition limité ?

Comment comprendre, quand l’argent coule à flots pour ceux qui y ont accès, que toutes ces questions dérangent et que le pouvoir a surtout envie de les mettre sous le tapis en s’intéressant beaucoup plus à lui-même qu’à son peuple quand il dépense un argent sans valeur qu’il fait créer pour l’emprunter par des gens qui y ont intérêt ?

Ludwig von Mises, a écrit en 1949 dans Human Action : « Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par une expansion du crédit. La seule question est de savoir si la crise arrivera plus tôt, par l’arrêt volontaire de la création de monnaie, ou bien plus tard, par l’effondrement final et total du système monétaire en cause ».

Nous avons choisi l’effondrement et ne nous y préparons pas.

Les pouvoirs sacrifient l’avenir au présent en jonglant avec l’incompréhension générale de la monnaie

On ne peut avancer en économie sans comprendre que la monnaie est un fait social total à dimensions culturelle, économique, sociale, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduite à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Si la monnaie est, ou était, un fait social total, c’est qu’elle était une richesse limitée, prélevée sur le peuple par l’impôt et redistribuée suivant l’apport hors impôt de chacun. L’or, tellement utilisé comme monnaie, ne tombait pas du ciel mais provenait du travail populaire. Son prélèvement était forcément limité. Cela a construit des sociétés comme le don et le contre-don ont construit des familles ou des tribus. La monnaie comme le don et le contre-don est multidimensionnelle alors que le troc n’est qu’économique. C’est la réduction de la monnaie à l’économie qui est la source et la nourriture de toutes les idéologies mortifères du moment. Comment cette réduction a-t-elle bien pu se faire ?

Le pouvoir a toujours et partout souhaité maîtriser et dominer la puissance du fait social total qu’est la monnaie en laissant dans le flou, l’origine et le pourquoi de cette puissance. L’histoire du papier monnaie puis de la monnaie scripturale a montré partout la vitesse avec laquelle les pouvoirs détournent à leur profit, les inventions du moment pour faire oublier que la monnaie est par définition limitée. Ils rêvent, plus par ignorance que par perfidie, de rendre illimitée la puissance de la monnaie quitte à le faire payer ensuite très cher au peuple. C’est le fameux « quoi qu’il en coûte » sans jamais dire à qui.

Cela a commencé à la fin du Xe siècle en Chine sous la dynastie Song (960-1279) dès l’invention là-bas de l’impression sur du papier de mûrier, puis en Occident au XVIIIe siècle avec les billets de Law, le rouble papier, le dollar continental.et les assignats. Tous ces papiers-monnaies étaient garantis par des richesses reconnues et ils ont tous disparu en ruinant ceux qui les possédaient, à force d’en avoir fabriqué infiniment plus qu’il n’y avait de richesses en garantie. Après ces catastrophes, la monnaie est redevenue partout une richesse en soi, en or, en argent, en cuivre ou convertible en ces métaux précieux

Au XXe siècle les deux guerres mondiales ont ébranlé le système. Pendant la première guerre mondiale on a déconnecté la monnaie de l’or pour pouvoir en fabriquer autant que nécessaire, ce qui a donné la crise de 1929 puis le retour du dollar à l’or en 1934 (35 dollars l’once). On a recommencé pendant la deuxième guerre mondiale en revenant à l’or en juillet 1944 par les accords de Bretton Woods qui liaient les monnaies au dollar en gardant la même parité du dollar avec l’or.

Mais une fois de plus le pouvoir a fabriqué 5 fois plus de dollars qu’il n’avait d’or pour financer le plan Marshall, les guerres de Corée et du Vietnam et la conquête spatiale. Devant l’afflux de dollars revenant aux États-Unis pour être échangés contre de l’or qui fondait de plus en plus à Fort Knox, le président Richard Nixon a dû réagir. Mais alors qu’il pouvait simplement constater une dévaluation du dollar, il a choisi en 1971 de déconnecter le dollar de l’or et de toute autre forme de richesse sans bien en voir les conséquences. Ce faisant, et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le dollar et toutes les monnaies qui lui étaient liées par les accords de Bretton Woods, se sont retrouvés sans aucun lien avec une richesse reconnue. Nous avons ensuite créé l’euro en le liant très sérieusement à nos anciennes monnaies qui n’étaient plus liées à rien.

Profitant de cette aberration intellectuelle, les banques ont inventé la monnaie scripturale qui nous fait exploser actuellement dans l’inconscience générale. La monnaie scripturale, très mal connue du grand public est une monnaie provisoire créée d’une simple écriture par les banques commerciales. Les banques prêtent cette monnaie avec intérêts et elles la détruisent dès qu’elles la récupèrent. Ajoutée à la monnaie fiduciaire, monnaie définitive créée par les banques centrales et forcément limitée puisque théoriquement garanties par l’or qu’elles  possèdent, se trouve maintenant cette monnaie provisoire sans aucun lien avec une richesse reconnue et qui ne vaut objectivement rien tout en n’étant plus limitée ni reconnaissable puisqu’un simple distributeur de billets la transforme en monnaie fiduciaire. Certes cette monnaie provisoire est détruite une fois remboursée par l’emprunteur, mais comme les banques commerciales créent en continu beaucoup plus de monnaie provisoire (et provisoirement légale) qu’elles n’en détruisent, la dette mondiale s’envole (312.000 milliards de dollars au 2e trimestre 2024). Sont mélangées et passent de main en main de façon indifférenciable la monnaie fiduciaire qui vaut de l’or et la monnaie scripturale qui ne vaut rien.

Avec le « quantitative easing », l’assouplissement quantitatif, invention de nos « élites »  représentées par Mario Draghi, les banques centrales fabriquent à leur tour aussi de la monnaie provisoire en n’ayant comme garantie que les créances plus ou moins douteuses qu’elles achètent aux États ou aux institutions financières. C’est le même qui propose aujourd’hui à l’Europe un emprunt collectif massif. La formule mal comprise « les crédits font les dépôts » peut aussi s’écrire « dépensez aujourd’hui ce que vous gagnerez demain », formule qui supprime toute limite aux dépenses, nous fait sortir collectivement du raisonnable et est l’exact contraire de la formule de Pierre Mendès-France citée par Michel Barnier lors de son discours de politique générale : « Ne jamais sacrifier l’avenir au présent ».

Le site de la Banque de France explique très bien ces deux formes indifférenciables de monnaies:

« La monnaie existe sous deux formes : les pièces et les billets, que l’on appelle la monnaie fiduciaire, et les écritures sur les comptes bancaires, que l’on appelle la monnaie scripturale, laquelle représente aujourd’hui plus de 90 % de la monnaie en circulation dans la zone euro. Si la monnaie fiduciaire est émise par la banque centrale qui imprime les billets, la monnaie scripturale est, elle, créée par les banques commerciales, lorsque des agents économiques empruntent pour financer leurs activités (on dit que « les crédits font les dépôts »). Cette création monétaire est cependant limitée par la politique monétaire et la réglementation bancaire. »

Pas gênée par la contradiction d’écrire à la fois que la monnaie scripturale est limitée et qu’elle représente déjà plus de 90% de la monnaie en circulation, la Banque de France fait le grand écart entre ses deux devoirs de vérité et de défendre la politique monétaire et la réglementation bancaire. Elle néglige évidemment de dire que moins de 10% est une monnaie garantie par une richesse déjà reconnue et que plus de 90% ne sont garantis que par une richesse à trouver si possible demain en sacrifiant l’avenir au présent.

Les conséquences en sont démesurées et en tous domaines. N’en prenons que deux.

La première dont on parle beaucoup est la dette. A qui devons-nous de l’argent ? Qui sont « les marchés » et « les investisseurs » qui nous prêtent avec un intérêt qui dépend de la confiance qu’ils ont en nous ? Nous ont-ils prêtés de la bonne monnaie fiduciaire fruit d’un travail, ou de la monnaie scripturale créée pour être détruite ? Ne faudrait-il pas rembourser la monnaie prêtée quand elle a été gagnée mais épargner aux investisseurs le soin de détruire la monnaie créée pour être détruite en la détruisant nous-mêmes ? Ne serait-ce pas aux marchés de prouver qu’ils nous ont prêté de la monnaie gagnée et non créée uniquement pour faire des intérêts ? Une société comme Blackrock qui pompe l’épargne mondiale, nous prête-elle bien le bon argent qu’elle collecte ou de la monnaie scripturale créée par les banques qui lui appartiennent et que l’on retrouve dans ses dettes financières ? Les réponses sont trop secrètes.

Une autre conséquence est le mythe de la création de richesse tellement enracinée dans les esprits. La richesse ne peut que se constater car ce n’est qu’un regard qui ne se crée pas. Mais l’argent illimité permet de fausser l’essence même de la vie en société qu’est l’échange. Il fait croire qu’en achetant avec de l’argent scriptural sans vraie valeur, on contribue à la richesse nationale puisqu’il est malheureusement vrai que cela est compté dans le PIB. Il paraît qu’acheter même en s’endettant nous enrichit ! Avec quoi rembourser un emprunt si la création de richesse est un mythe ? Nous devons réapprendre qu’on ne s’enrichit qu’en appauvrissant quelqu’un d’autre ou en changeant la définition de la richesse. Actuellement nous nous appauvrissons en enrichissant les autres par notre commerce extérieur de plus en plus déficitaire mais nous changeons la définition de la richesse en y incluant l’immigration, les panneaux voltaïques, les éoliennes et même notre pays que nous classons dans les pays riches parce que nous dépensons beaucoup de monnaie provisoire. Nous sommes même les cinquièmes au monde à le faire et nous appelons cela être la cinquième puissance mondiale.

C’est encore la monnaie provisoire illimitée qui permet aux femmes et aux hommes de devenir identiques et non plus simplement égaux et complémentaires. C’est elle qui permet de confiner un pays à la moindre épidémie.  C’est encore elle qui attire toute la misère du monde. La liste est longue et le monde s’égare sans le comprendre depuis que le 15 août 1971 les monnaies ont été déconnectées de toute richesse réelle.

L’argent qui n’est plus limité reste pourtant un fait social total. La perte de plusieurs de ses dimensions avec la monnaie provisoire majoritaire, fausse absolument tout y compris les notions mêmes de richesse et de pauvreté, de bien et de mal, de vrai et de faux, de beau et de laid. La monnaie scripturale a inversé les valeurs qui ne sont devenues que des idées de moins en moins en lien avec la réalité.

La monnaie ? Un fait social total

Une idéologie est une construction de bon sens fondée sur une analyse fausse. Le problème de toute idéologie est qu’elle est toujours séduisante car le bon sens est séduisant, et pourtant toujours fausse par l’erreur de l’analyse de départ. Les deux mondes politique et médiatique ont besoin de séduire pour faire du nombre, qui pour les élections, qui pour les annonceurs. Ils sont très attirés par les idéologies parce qu’elles sont toutes tentantes. Ils évitent tous les deux de travailler l’analyse de départ et ils construisent des colosses aux pieds d’argile qui ne peuvent que s’effondrer. La monnaie en est sans doute l’exemple le plus ravageur.

Pierre Gueneau dans son livre Macroéconomie écrit : « Monsieur Reinesch, le président de la Banque centrale du Luxembourg, un très grand expert en économie dont la culture est impressionnante, m’a confié un jour qu’ayant reçu un prix Nobel d’économie, celui-ci lui avait avoué humblement qu’il ne savait pas ce qu’était la monnaie ». Cet aveu, apparemment surprenant, éclaire le problème fondamental de la monnaie qui est qu’elle n’a jamais été définie. Certains disent que c’est une marchandise, d’autres un symbole ou une énergie, d’autres encore une institution. Aristote en a donné trois utilités, intermédiaire d’échanges, unité de compte et réserve de valeur, mais définit-on un train et une voiture par leurs trois utilités de moyen de transport, de protecteur d’intempéries et de montreur de paysages ? Pour définir quelque chose, il faut commencer par en comprendre l’origine, comprendre le sens de son apparition, le pourquoi de son arrivée, le moment de sa naissance. Or le sens qu’on lui donne actuellement est idéologique. Il est prétendu et toujours enseigné aujourd’hui que la monnaie a été inventée pour remplacer le troc qui était devenu trop compliqué. Cette affirmation est tellement fausse que personne ne tente de l’expliquer ni même de l’étudier. Elle est assénée avec obligation de la répéter si l’on veut obtenir son diplôme. Aucun ethnologue ni aucun archéologue n’a pourtant jamais trouvé trace d’une économie de troc. Le troc, échange ponctuel et simultané de marchandises ayant la même valeur aux yeux des deux parties, peut exister entre individus. Il existe aussi entre groupes qui ne se connaissent pas mais jamais aucun groupe de personnes qui se connaissent n’ont eu entre eux une économie quotidienne de troc totalement irréaliste. La monnaie n’a donc pas remplacé le troc. Alors pourquoi a-t-on créé la monnaie ? Quel est le problème que l’apparition de la monnaie a voulu résoudre ? Depuis que l’erreur de la monnaie remplaçant le troc est quasiment publique, la curiosité naturelle cherche le problème tellement dérangeant qu’il a fallu pour s’en débarrasser, inventer la monnaie dont on n’avait pas ressenti le besoin auparavant. Pierre Gueneau, toujours dans le même livre, émet une hypothèse. Le problème insoluble aurait été la juste répartition de la production des chasseurs cueilleurs. Un « vieux sage » représentant à la fois le pouvoir et l’intelligence, aurait décidé de ne plus compter sur ses doigts, ce qui force à une mémorisation compliquée, mais sur des bûchettes ocrées qu’il aurait confectionnées et qui auraient été les ancêtres de la monnaie.

Une autre hypothèse parait plus probable. Elle part de l’observation du fonctionnement d’un groupe humain que l’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss  a analysé en 1925 dans son livre Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques. Il observe que tout y est échange non simultané contrairement au troc. Il a parfaitement expliqué que le don entraînait ce qu’il appelait le contre-don et que le « donner-recevoir-rendre » était au service du lien social et qu’il le nourrissait. Mauss a développé que le don et le contre-don étaient ce qu’il a appelé un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, sociale, religieuse, symbolique et juridique et qu’il ne pouvait être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. On retrouve ce fait social total dans la famille où l’autorité parentale veille à ce que chaque membre de la famille apporte bien sa pierre à ce qui devient en effet un véritable édifice.

Et c’est là sans doute que le problème s’est posé absolument partout. Quand le groupe est devenu important, l’autorité du groupe n’a plus été capable de vérifier que chacun avait bien compris que le don entraînait le contre-don et qu’il fallait savoir rendre quand on avait reçu. C’est l’arrivée discrète mais inéluctable de profiteurs et de tire-au-flanc qui a probablement dû rendre obligatoire la simultanéité du don et du contre-don, ce qui a entraîné partout l’invention de la monnaie. Si cette hypothèse est exacte, l’origine de la monnaie serait l’invention de la contrepartie simultanée. L’apport de chacun n’aurait plus été inscrit dans les mémoires mais matérialisé en monnaie.  Ce ne serait pas le remplacement du troc mais au contraire son introduction concrète par la monnaie. Quelles que soient les hypothèses, il semble bien que ce soit la limite de la mémoire humaine qui ait poussé partout à la création de la monnaie.

Mais si c’est l’hypothèse de la contrepartie simultanée qui est la bonne, elle est bouleversante car si la monnaie remplace le don et le contre-don, elle est, en suivant Mauss, un fait social total à dimensions culturelle, économique, sociale, religieuse, symbolique et juridique et elle ne peut être réduite à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Nous pouvons observer que la monnaie rentre bien dans toutes les cases qui définissent pour Mauss le fait social total.

  • La monnaie est culturelle car elle dépend de la culture du lieu et du moment. Elle a été en or, en argent, en cuivre, en blé, en sel, en bétail ou en plume d’oiseau rare.
  • La monnaie est économique car elle a été, toujours et partout, une richesse en soi qui ne s’obtient que par un effort préalable à sa possession. En posséder est une reconnaissance de la qualité de l’effort fait.
  • La monnaie est sociale car elle lie ceux qui l’utilisent et qui y voient même par sa possession leur reconnaissance sociale.
  • La monnaie est religieuse car on la recherche et on l’aime pour sa puissance sans bien la comprendre.
  • La monnaie est symbolique car elle est le symbole et le véhicule de l’énergie qu’il a fallu dépenser pour l’obtenir.
  • La monnaie est juridique car la copier ou la contrefaire est lourdement sanctionné.

La monnaie est tout cela et donc, plus que probablement, le fait social total tel que décrit par Mauss. Et si la monnaie est un fait social total, les conséquences en sont multiples et concrètes, la première étant que l’économie n’est pas dissociable des autres aspects de la vie sociale et n’est donc pas mathématisable.

Etant culturelle, la monnaie ne peut être unique que dans une culture unique

Etant économique, la monnaie est une richesse qui ne peut l’être que par l’énergie humaine et le temps qu’il a fallu dépenser pour l’obtenir. Sa quantité est pour cela limitée.

Etant sociale, c’est l’énergie et le temps de la société qui l’ont créée et son prélèvement par le pouvoir peut être considéré comme le premier impôt, d’abord prélevé puis redistribué suivant les apports de chacun.

Etant religieuse, y toucher sans précaution et sans réflexion est malvenu, voire dangereux.

Etant symbolique, il est important de savoir ce qu’elle représente et ce que l’on respecte inconsciemment au travers d’elle. Ne serait-ce pas le travail ?

Etant juridique, les Politiques qui font les lois, doivent la comprendre avant de la réguler.

Nous pouvons donc tenter une première définition de la monnaie.

La monnaie est une richesse prélevée sur le peuple et transformée par le pouvoir en un « fait social total » qui construit une société comme le don et le contre-don construisent une famille ou une tribu.

Elle est donc accessoirement en effet à la fois une marchandise, une énergie, un symbole et une institution qui facilite les échanges. Elle est aussi une unité de compte et une réserve de valeur. On peut rajouter un lien social et une icône. Nous verrons dans un prochain article ce que les Politiques en ont fait au XXe siècle en dissociant l’économie des autres aspects de la vie sociale au risque d’ébranler l’ensemble de l’édifice et de disperser leur énergie à tenter par différents moyens théoriques et idéologiques de l’empêcher de tomber.

Quand arrêtera-t-on de nous prendre pour des c… en nous faisant croire que le PIB chiffre la création de richesse ?

Le PIB, contrairement à son apparence, ne chiffre pas une production mais l’activité économique d’un pays en chiffrant les échanges entre de l’argent d’un côté et des biens et des services en nature de l’autre. Au départ cela donnait effectivement une idée de la richesse d’un pays en chiffrant, par l’argent dépensé, tous les achats. Si l’achat est consommé on le classera dans la consommation. S’il est conservé on le classera dans les investissements curieusement appelés FBCF (Formation brute de capital fixe) sans doute pour que chacun puisse se dire nul en économie et faire aveuglément confiance.

L’INSEE calcule le PIB de trois façons. En chiffrant au prix des ventes passées, les marchandises et les services vendus et non revendus pour ne pas les compter deux fois, en chiffrant l’argent dépensé pour les acheter, et en chiffrant l’origine de l’argent dépensé. Cela donne en effet trois façons de chiffrer la même chose.

Recopions la définition du PIB telle que l’INSEE la publie depuis le 21 janvier 2021 :

Le produit intérieur brut au prix du marché vise à mesurer la richesse créée par tous les agents, privés et publics, sur un territoire national pendant une période donnée. Agrégat clé de la comptabilité nationale, il représente le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.

Le PIB au prix du marché peut être mesuré de trois façons :

  • selon l’optique de la production, en faisant la somme des valeurs ajoutées de toutes les activités de production de biens et de services en y ajoutant les impôts moins les subventions sur les produits ;
  • selon l’optique des dépenses, en faisant la somme de toutes les dépenses finale (consacrées à la consommation ou à l’accroissement de la richesse) en y ajoutant les exportations moins les importations de biens et services ;
  • selon l’optique du revenu, en faisant la somme de tous les revenus obtenus dans le processus de production de biens et de services (revenus salariaux, excédent brut d’exploitation et revenu mixte) et en y ajoutant les impôts sur la production et les importations moins les subventions.

Si l’on néglige les trois ajouts en queue des trois calculs, on est indubitablement dans le vrai même si l’expression valeur ajoutée est ambiguë et la présentation comme mesure de la richesse créée, mensongère.

Dans le premier calcul, les entreprises ajoutent en effet de la valeur à ce qu’elles achètent mais c’est la dépense des clients qui réalise la valeur du produit final. On cherche vainement une création de richesse dans l’échange par le prix entre des marchandises en effet améliorées et l’argent des clients.

Dans le deuxième calcul, beaucoup moins commenté, l’INSEE reconnait que le PIB n’est que la somme de toutes les dépenses de consommation ou d’investissement tout en présentant les investissements comme « consacrés à l’accroissement de la richesse ». La richesse n’étant qu’un regard qualitatif, son accroissement n’a pas de sens.

Dans le troisième calcul, tout aussi peu commenté, l’INSEE fait la somme des origines de l’argent dépensé (les revenus) en additionnant les salaires, les bénéfices des entreprises (excédent brut d’exploitation) et les revenus dit mixtes que sont les revenus des professions indépendantes.

Jusque-là on a simplement trois flashes pris à trois moments différents du cycle tournant de l’argent, du cycle de la vie et des échanges économiques avec un chiffrage par l’argent du travail (3e calcul), de la production (1er calcul) et de la consommation augmentée du stockage appelé investissement (2e calcul). On a bien sûr les mêmes résultats en chiffrant la circulation monétaire à trois endroits différents quand les choses tournent normalement.

Mais à force de vouloir plaire au pouvoir en place qui veut faire croire que le PIB chiffre une création de richesse, l’INSEE a pris la décision de rendre le tout incompréhensible par trois ajouts farfelus qu’aucun économiste ne semble prendre la peine de dénoncer. Non seulement ces ajouts n’ont aucun sens, mais ils devraient tous les trois être de même valeur, ce qui n’est absolument pas le cas. De plus l’absence de virgules et la multiplicité de la conjonction « et » permettent des interprétations diverses qui embrouillent encore davantage.

Dans le, premier calcul, on rajoute sans explication aux valeurs ajoutées qui sont les dépenses des clients amputées des dépenses externes des entreprises, les impôts moins les subventions sur les produits. On ajoute une dépense à une recette de l’entreprise sans en être apparemment gêné. Dans le deuxième calcul on rajoute avec la même absence d’explications les exportations et on retire les importations en négligeant que l’on vient d’écrire que l’on fait la somme des dépenses et qu’on lui additionne à nouveau une recette (les exportations) et qu’on lui retire une dépense (les importations) ! Dans le troisième calcul, on rajoute à nouveau les impôts moins les subventions sur la production  comme dans le premier calcul mais on y ajoute cette fois sans aucune explication les impôts sur les importations.

A en croire l’INSEE, ces trois ajouts sont identiques puisqu’ils se rajoutent à trois chiffrages normalement identiques pour obtenir trois résultats qui sont pour l’INSEE trois façons de calculer le même PIB. Arriver à croire que le résultat du commerce extérieur (2e ajout) peut se chiffrer par les impôts moins les subventions sur les produits en y rajoutant (3e ajout) ou pas (1er ajout) les impôts moins les subventions sur les importations, relève de l’asile psychiatrique, du jmenfoutisme ou du brouillard volontaire pour que tout bon Français regarde ailleurs en s’acceptant inculte en économie.

L’important en compliquant tout, semble être que les Français ne comprennent pas que le PIB chiffre tout simplement la circulation monétaire circulaire normale entre travail, production et consommation qui donne la santé économique d’un pays.

La question se pose alors de comprendre pourquoi cacher une vérité aussi simple et prétendre que le PIB chiffre une création de richesse. La réponse est simple. C’est pour cacher l’énorme mensonge par omission que fait l’INSEE en utilisant la méconnaissance générale de la monnaie. Ce mensonge par omission  arrange tellement le monde politico-médiatique qui n’arrête pas d’utiliser des pourcentages de PIB, que l’on peut se demander si l’INSEE ne le fait pas sur ordre. L’INSEE fait croire dans sa troisième définition du PIB que l’origine de l’argent n’est que le travail soit individuel salarial ou libéral, soit collectif dans les entreprises. Il cache soigneusement la quatrième source d’argent qui est en fait devenue la première : l’emprunt qui a changé de nature au XXe siècle.

Depuis toujours l’emprunt qui n’était que sur gages, était réservé aux riches et n’était en aucun cas une création monétaire. Les riches empruntaient une monnaie qui était une richesse en elle-même comme l’or, en laissant en gage d’autres richesses. Aucun pauvre ne pouvait emprunter. Ce n’était qu’un échange et en aucun cas une création monétaire. L’argent était toujours gagné et il n’était jamais créé ex nihilo. L’argent lui-même était une richesse qui avait demandé du travail pour exister ou était au moins lié à une telle richesse. Le XXe siècle a fait table rase de ce bon sens en déconnectant les monnaies de toute richesse reconnue. Aujourd’hui les banques créent à partir de rien de l’argent pour le prêter et le détruire quand elles le récupèrent avec intérêts. Cette monnaie « provisoire » ne se distingue pas de la monnaie définitive créée par le travail comme l’était l’or. Les deux monnaies cohabitent dans le circuit monétaire et la monnaie provisoire pour ne pas l’appeler fausse monnaie provisoirement légale, apporte aujourd’hui une quatrième source d’argent soigneusement omise par l’INSEE dans le troisième calcul du PIB sur l’origine de l’argent alors qu’elle est devenue largement la première en étant beaucoup plus créée que détruite, qu’elle se retrouve dans la dette mondiale et qu’elle gonfle arbitrairement les deux autres définitions du PIB, la dépense qui plaît et la valeur ajoutée qui rassure.

Le groupe financier Mirabaud basé à Genève, écrit «En 2024, la dette mondiale a atteint un niveau record de 315 000 milliards de dollars, dépassant trois fois le PIB mondial. » Ce groupe laisse entendre ce que tant de gens croient, à savoir que le PIB chiffre la création de richesse et qu’il faut s’affoler car la dette est plus de trois fois la création de richesse de l’année. La réalité est bien pire. Puisque le PIB chiffre la somme des dépenses (2e calcul), la dette mondiale est trois fois supérieure à ce que le monde dépense annuellement. Faut-il aussi rappeler que les critères de Maastricht de l’Union européenne précisent  que le déficit budgétaire d’un État ne doit pas être supérieur à 3% de ce qui a été dépensé l’année précédente et que cet État ne peut emprunter plus de 60% de ce qu’il a dépensé l’année précédente. Dépensez davantage et vous pourrez faire plus de déficit et vous pourrez emprunter davantage !  On marche sur la tête. C’est tellement gros que personne n’a envie de le voir et que beaucoup aimeraient même le censurer.

Rien ne pourra pourtant se faire sans la prise de conscience du cataclysme qui se prépare et que quasiment personne n’a actuellement envie d’affronter. Ce ne peut être que la fin ou le réveil de notre civilisation quand chacun se réfugie dans l’attente ou dans les idéologies qui sont toutes du bon sens plaqué sur une mauvaise analyse.